jeudi, septembre 2 2010, 01:17
Vos polars de l'été
Par Les Obsédés Textuels - Coups de Coeur - Lien permanent
Avant de reprendre nos chroniques et nos rencontres, voici une série de polars, parus dans les six derniers mois, ne figurant pas toujours sur les listes de best sellers mais recommandés par les Obsédés Textuels pour leur qualité, leur originalité et leurs intrigues. Auteurs connus ou moins connus se côtoient pour vous proposer un été aux couleurs du frisson et du suspense !
Proies de Mo Hayder. Presses de la Cité
Dans ce troisième volet (après Rituel et Skin) des enquêtes de Flea Marley et Jack Caffery, la reine du polar horrifique anglaise surprendra peut-être ses aficionados. En effet, Proies joue moins la carte de la peur et du frisson que celle du dédale des procédures d’une recherche criminelle à la manière de Nicci French. Mais, encore une fois, Mo Hayder tient son lecteur en haleine du début à la fin, l’entraînant à la poursuite d’un kidnappeur d’enfants et le déroutant par des fausses pistes d’une incomparable habileté. Au-delà d’un sombre drame, il y a toujours chez cette auteure unique, une réflexion à la tristesse insondable sur la nature humaine et ses fatales écorchures.
Une Douce Flamme de Philip Kerr. Le Masque
Philip Kerr ne se contente pas d’utiliser l’histoire du IIIe Reich comme trame à des intrigues policières menées par Bernie Gunther servant bien contre son gré les idées nazies. Il se transforme à chaque fois en historien sans galvauder sa mission d’auteur de polars. Nous sommes ici en 1950 et Bernie échoue en Argentine, refuge de prédilection des anciens nazis, où il croisera Eichmann, Mengele, Perón et sa belle Evita. A la faveur d’une enquête touffue et passionnante, il devra retrouver une disparue qui le remettra sur la piste d’un de ses dossiers non résolus à Berlin en 1932. Fulgurance du style, précisions des faits et imagination du romancier constituent la savoureuse recette de l’Ecossais.
Lux Tenebrae de Giacometti & Ravenne. Fleuve Noir
Si vous aimez les polars ésotériques sans l’extrême complication de certains même parmi les plus célèbres... Si vous prisez l’égyptologie tout en raffolant des romans historiques... Si vous êtes concernés et friands de l’univers maçonnique. Et, enfin, si vous êtes curieux des énigmes scientifiques liées aux cas de Morts Imminentes, ce dernier opus du duo Giacometti/Ravenne comblera toutes vos attentes. En effet, dans sa septième aventure, Antoine Marcas, le flic franc-maçon, va toujours plus loin, dans une folle enquête aux confins de l’entendement, franchissant cette fois les limites humaines et les frontières de la mort. Comme un pharaon… 3300 avant lui !
Trois Accidents et un Suicide de Seamus Smyth. Fayard Noir
Moins noir que le grand Ken Bruen, plus accessible que le tourmenté John Connolly, l’irlandais Seamus Smyth nous propose, plus enjoué, un travail d’orfèvre. Une sorte d’Arnaque à la sauce british pilotée par un homme à la vie simple mais aux ressources inouïes et à l’exceptionnelle intelligence du mal. Pour acquérir un bien immobilier, il va se livrer à un incroyable jeu de dominos macabre dans lequel tous ceux qui sont de près ou de loin lié à cette convoitise devront y passer. Parfois ça passe, parfois ça grince. Surtout quand les femmes s’en mêlent. L’écriture est directe au service d’une originalité difficile à trouver désormais. A mettre d’urgence dans votre liste de polars.
La Piste du Temps d' Eric Halphen. Rivages
Après Maquillages, paru il y a plus de deux ans, et pour lequel nous avions reçu son auteur à l’occasion d’une passionnante soirée sur le thème "Justice et Psychiatrie", Eric Halphen a reconstitué son duo juge (Barth) / flic (Bizek) en restant fidèle au credo du précédent : pas de sensationnalisme forcé ni d’expertises médico-légales indigestes à 6 h00 du matin. En revanche, une foison de personnages recélant chacun sa vérité offre au lecteur une étude psychologique rapprochée et une connaissance parfaite du monde politico-judiciaire. On est saisi par la profondeur de l’intrigue et la qualité de la narration. Félicitations du jury ! (voir interview)..
L'Épouvantail de Michael Connelly. Le Seuil Policiers
C’est la marque des grands que de savoir toujours se renouveler, n’être jamais dépassé par les évolutions d’une époque et d’un genre. Michael Connelly l’a parfaitement compris et nous livre ici une très bonne copie qui met en scène Jack McEvoy (le journaliste du Poète) aux prises avec un tueur autant high tech qu’effrayant. En plus d’un sens policier qui n’est plus à vanter, Connelly nous rappelle, dans sa crépusculaire description de la presse d’aujourd’hui, son passé de chroniqueur judiciaire. Même si l’intrigue se fait un peu moins fluide et les ficelles plus grosses, Michael Connelly reste la référence d’une littérature qui ne manque pas de prétendants au titre.
Les Couleurs de la Ville de Liam McIlvanney. Métailié Noir
Les chocs de lecteur – critique, par-dessus le marché ! – sont rares. Les Couleurs de la Ville en constitue pourtant un de taille. Un journaliste écossais va se replonger dans les années noires des Troubles (conflit nord irlandais) pour enquêter sur le passé suspect d’un jeune ministre promis au plus bel avenir à Edimbourg. Non seulement, Liam McIlvanney analyse brillamment les effets de cette guerre qui a marqué définitivement de son empreinte un peuple au point qu’il en a presque la nostalgie, mais en plus il construit un brillant polar. Entre Ken Bruen pour la virtuosité littéraire et Stig Larson pour le journalisme politique, ce premier roman est magistral.
Potens d' Ingrid Desjours. Plon
Entre Serge Brussolo, pour la dette stephenkingienne et Giacometti et Ravenne pour le goût des sociétés secrètes, Potens ne manque pas d’intérêt… Pour son deuxième opus après Écho, Ingrid Desjours, même si elle se perd encore en conjectures (erreurs de jeunesse…), nous entraîne dans un club de surdoués dont l’une des membres a été assassinée. Comme dans Dix Petits Nègres, tout le monde est innocent mais chacun est suspect. Infiltrée, son héroïne, la criminologue Garance Hermosa va devoir vaincre, en plus de ses propres démons, un génie du mal à l’ego boursoufflé. A noter, fait rare dans cette littérature "sensationnelle", une réelle approche psychologique des plus prometteuses.
Une Histoire d'Amour Radioactive d' Antoine Chainas. Série Noire
Rentrer dans un polar d’Antoine Chainas, c’est comme pénétrer dans une boite SM, une back room ou une galerie d’art très contemporain, c’est flippant mais terriblement excitant. Très 21e siècle qui ne regarde pas derrière lui ! Les flics pétant de trouille mais vaillants comme des mercenaires, le sexe déviant, l’art médical ensauvagé, le traitement dément des radiations et la transgression sociale enflamment ce bref opus tellement percutant qu’il met un sacré coup de vieux aux productions des sociétaires du genre. Dans la famille techno trash, devant Ingrid Astier et l’excellent DOA, la Série Noire a trouvé son maître. Âmes et culs sensibles s’abstenir !
Les Héritiers du Mal de Chelsea Cain. Fleuve Noir
Gretchen Lowell dite L’Artiste, la tueuse en série la plus cruelle et la plus sexy du thriller moderne, semble clore ici son dernier chapitre. Après avoir laissé pour mort et fait d’Archie Sheridan, capitaine de police de Portland, son amant hanté par une obscure dépendance à son bourreau, le philtre d’amour s’est dissipé et le lien rompu tant Gretchen montre ici une froide duplicité en manipulant de jeunes admirateurs pressés de l’imiter. Peut-être davantage encore que ses brillantes consœurs, Tess Gerritsen, Mo Hayder ou Kathy Reichs, Chelsea Cain a, en dépit d’un schéma narratif classique, un sens particulièrement poussé de la transgression qui la place désormais au sommet du genre.
Le Livre des Morts de Glenn Cooper. Le Cherche Midi
C’est ainsi, les thrillers ésotériques tiennent le haut du pavé. Bien sûr, Dan Brown mais aussi Steve Berry sont les maîtres du genre. Glenn Cooper, nouveau venu au club, présente un avantage non négligeable dès ce premier opus dont on nous promet déjà la suite : il ne nous sature pas de documentation scientifico-religieuse et respecte l’équilibre entre le policier et le mystère. Will Piper va faire face au Tueur de l’Apocalypse qui signe ses crimes par une carte indiquant à l’avance la date de la mort de ses victimes. L’enquête nous conduira dans les arcanes du secret défense américain et remontra même au 8e siècle chez les moines de l’île de Wight à l’origine du vrai Livre des Morts.
Les Derniers Jours de New Gate d' Andrew Pepper. Rivages
Le polar historique, dont nous vantons ici bien souvent les mérites, n’échappe pas comme d’autres genres à l’irrégularité de ses productions d’autant qu’il est de plus en plus plébiscité par le public. Ce Derniers Jours de New Gate qui ouvre les enquêtes du flic dandy Pyke, en 1829 à Londres, constitue une réussite exceptionnelle tant par sa capacité à restituer des lieux et une époque - l'Angleterre et l‘Irlande dures et miséreuses de ces années – que par la force noire d’une enquête aux étonnants entrelacs. Rajoutez-y des dialogues (traduction exemplaire) possédant le charme de la belle langue et vous serez sous le charme vénéneux d’un Gangs of New York britannique.
Tu Ne M'Oublieras Jamais de Peter James. Fleuve Noir
Avec Deon Meyer, Ken Bruen, et Robert Crais, entre autres, Peter James est un de nos chouchous. Depuis Comme une Tombe, il nous bluffe par ses intrigues entrelacées aux sophistications sans égales. Le "concept" de ce nouvel opus est, une fois de plus, renversant : un escroc va profiter du 11 septembre pour faire croire à sa mort et entrainer derrière lui une onde de choc digne des sinistres avions. Roy Grace va devoir résoudre trois folles affaires à la fois avec, en obstacle, un collègue jaloux fouillant dans son passé. Personnages inouïs de vérité, ambiance tendue et addictive avec, au final, une fin stupéfiante. Que demander de plus ?
13 Heures de Deon Meyer. Le Seuil Policiers
On pensait tout connaître de l’art de Deon Meyer. Son sens inimitable de sonder les sentiments brouillés, sa puissance d’évocation, la qualité de son exploration de la société sud africaine d’aujourd’hui jusqu’à sa connaissance intime de l’univers policier. Mais ici, il nous révèle une nouvelle facette : l’enquête à 100 à l’heure. 13h00 pour retrouver une touriste américaine pourchassée par des tueurs sans merci aux motivations troubles. Un enquêteur blanc, une jeune flic noire et un inspecteur métis vont plonger dans une aventure étourdissante. 400 pages qui en paraissent la moitié tant leur rythme infernal vous saisit et ne vous lâche plus.
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