Il était dit que ce 5e anniversaire des Obsédés Textuels ne serait pas comme les autres. Et cela à plus d’un titre...

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Déjà, le choix d’un face à face (où plutôt d'un côte à côte...), ce qui n’avait été le cas que deux fois auparavant (avec Bernard Werber et le Père de la Morandais), nécessitait la présence d’un invité non seulement prestigieux, talentueux mais également hors norme.

Frédéric Beigbeder était l'homme de la situation. Le personnage festif qu’a su se composer cet incorrigible dandy incarnait l’auteur idéal pour un tel événement.

Mais tout ne fut pas si simple !

Après que l’hiver eut duré plus que de r(s)aison cette année, il fallut qu’il étende son blanc manteau en Pays basque où était encore Frédéric Beigbeder au matin de l’événement.

Textos, coups de fil… "Cher Cédric, mon avion est annulé en raison d’importantes chutes de neige, je crains de ne pas pouvoir être présent parmi vous."

Cata de chez cata… en une strophe !!

Et puis, les dieux des lettres et des nuages nous favorisèrent, Frédéric Beigbeder put s’envoler et rejoindre en moto taxi l’hôtel Lenox où l’attendait depuis presque une heure une salle comble qui l’accueillit, soulagée et ravie, sous des applaudissements nourris.

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Cédric Bru qui anime ces rencontres et leur site remercia l’auteur d'être là malgré tous ces aléas, le public compréhensif et l’équipe du Lenox dirigé avec efficacité et bonhomie par Philippe Cantet. Enfin, il tint à saluer Francine et Anita ses précieuses collaboratrices.

Il rappela qu'au cours de ces cinq ans, Les Obsédés Textuels avait constitué 40 plateaux, abordé des thèmes aussi variés que La Franc-maçonnerie, la Psychanalyse, la Pornographie, l’Histoire ou le Thriller, reçus des auteurs prestigieux comme Patrick Rambaud, Bernard Werber, Ysabelle Lacamp, Frank Thilliez, François Bégaudeau ou Eric Halphen.

Puis, s’adressant à son invité, il tint ces propos "Cette soirée, intitulée " Beigbeder en Vrai ! " vous l’aurez bien compris joue sur deux tableaux : celle de votre présence exceptionnelle et sur l’espoir que nous caressons de faire mieux votre connaissance et de découvrir derrière la figure médiatique l’homme de lettres plus secret. Nous parlerons de l'écrivain précoce aux sujets romantiques et toxiques, symbole du jeune homme moderne, du critique littéraire avisé, du chroniqueur télé atypique, de l’éditeur novateur et enfin, dans un second temps, nous ausculterons votre vie et vos sentiments au travers du remarquable "Un Roman Français", publié chez Grasset, qui vous a valu le Prix Renaudot 2009."

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L’auteur de 99F, allègre et enjoué, décréta que c’était le concept d’obsessions textuelles qui lui avait plu et avait encouragé sa venue, se mettant d’emblée les rieurs de son côté.

L’animateur précisa que pour quelqu’un souvent qualifié de noceur et de dilettante, il avait déjà un itinéraire bien rempli sur lequel il s’attarda.

Né en 1965, diplômé de ScPo et du Celsa, Frédéric Beigbeder écrit son premier roman Mémoire d’un Jeune Homme Dérangé en 1990 à 24 ans. En 1991, il entre comme concepteur rédacteur chez CLM BBDO. Sa carrière littéraire se développe avec de petits romans vénéneux et sensibles comme Vacances dans le Coma, L’Amour Dure Trois Ans jusqu’au succès colossal de 99F en 2000 qui le voit, à la fois régler ses comptes à la publicité, et rendre hommage à ses influences littéraires américaines.

Car, comme tout bon écrivain, c’est avant tout un grand lecteur qui deviendra un critique avisé et novateur faisant découvrir aussi bien le "Brat Pack" que redécouvrir les Hussards ou la Génération Perdue.

Non content de tout cela, il se lancera dans la télévision, d’abord comme chroniqueur puis pour animer successivement, une émission littéraire sur Paris Première Des Livres et Moi, et de divertissement décalé sur C+, l’HyperShow.

Passée ces distractions médiatiques, il reviendra vite à la littérature avec, entre autres, Windows on the World, roman très original sur le difficile sujet du 11 septembre, et se consacrera au métier d’éditeur chez Flammarion pour qui il signera une vingtaine d’auteurs dont la plupart continue une carrière débutée grâce à lui.

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Aujourd’hui, écrivain reconnu, figure médiatique incontournable, (animateur du Cercle sur C+, émission consacrée au cinéma, fondateur du Prix de Flore et du Prix Sade), il a su conquérir le grand public en sortant des marges happy few avec ce très beau Un Roman Français.

De ce portrait, Frédéric Beigbeder, très attentif, souhaita tout particulièrement faire ressortir celui du lecteur et du critique quand, tout de go, il extirpa de son sac de voyage, Littératures de Nabokov paru chez Bouquins et lut un superbe passage sur les caractéristiques du bon lecteur pour l’auteur de Lolita.

S’en suivit un passionnant jeu de ping-pong verbal avec quelques spectateurs sur ce passage et l’on en vint à ''Un Roman Français'', dernier opus particulièrement réussi de l’écrivain.

On se souvient que c’est à la suite d’une arrestation pour "usage de stupéfiants sur la voie publique" qu’est né le livre et l’auteur s’exprima sur la garde à vue, très à l’honneur dans la presse ces derniers temps, et sur la drogue avec beaucoup de sincérité et de franchise.

Le livre mettra en branle toute une machinerie personnelle et biographique. Cette prison va aussi "lui redonner la mémoire… " et puisqu’il faut bien passer son temps, Frédéric le passera à revisiter sa vie, son époque et son pays…

Comme dans tout roman panoramique, l’évocation des lieux et des êtres liés à l'enfance est essentielle, Guéthary, Neuilly plus tard en font partie et l’auteur les évoquent à la manière d’un Eric Rohmer ou d’un Pascal Thomas…

Littérairement, on se retrouve dans des climats qui rappellent Nimier, Modiano ou même Drieu La Rochelle quand Beigbeder se fait moraliste et cinglant.

CBFB1003.jpg On comprend aussi à quel point le divorce de ses parents a été fondateur des actes de sa vie ayant été partagé entre "la morosité maternelle et l’hédonisme paternel. L’humeur de mes parents : vase communiquant de mon enfance". Pour preuve, à la fin du livre, l’auteur livre un savoureux inventaire de ce qu’il a hérité des spécificités de chacun de ses parents.

L’invité se prêta, encore une fois, avec beaucoup de spontanéité, aux commentaires de cette intimité comme il évoqua sa tendre rivalité avec son frère Charles, aujourd’hui capitaine d’industrie.

L’intérêt supplémentaire de ce face à face fut, qu'unis dans une sympathique complicité, l'écrivain et l'animateur lisaient chacun leur tour des extraits d’Un Roman Français.

Frédéric Beigbeder gratifia, entre autres, le public du joli passage où, rentrant aviné, il entretient un dialogue avec l’aquarelle qu’une amie de se famille fit de lui quand il avait ans ans. Sorte d’angelot qu’il insulte de ne pas être resté cette image dont il se trouve aujourd’hui bien éloigné. Dorian Gray à l’envers en quelque sorte…

Cette nostalgie est un des éléments capitaux du livre, En effet, comme le souligna Cédric Bru, il y est écrit "Je suis désormais suffisamment vieux pour avoir vu disparaitre un mode de vie, de parler, de s’habiller, de se coiffer…"

Moderne tout en ayant vécu. Beigbeder pourrait aussi se résumer à ca !

FBAT1003.jpg L’animateur souhaita conclure en douceur l’entretien par un passage très tendre ou Chloé, la fille de l’auteur, faisant naïvement référence au conquêtes de son père, lui dit :"Papa, donc tu es comme Barbe-bleue, T'es Barbe Bleue, mon papa, c'est Barbe Bleue !"

Cette conversation, grâce au ton toujours très enthousiaste de l'invité, fut émaillée de nombreuses questions du public portant sur l’inspiration, la manière d’écrire, la garde à vue et la justice, l’usage des stupéfiants et bien sûr... la littérature.

Inutile de préciser que la passion de l’auteur et la joie des spectateurs donnèrent lieu à une longue signature rendant hommage à un écrivain disponible et courtois.