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Première rencontre des Obsédés Textuels de l’année 2010, cette soirée – à l’instar de celle consacrée à La Franc Maçonnerie - créait l’événement.

En effet, la Théorie du Complot que d’aucun, et particulièrement sur la Toile voient partout, excite les imaginations et fait sortir les curieux en dépit des rigueurs de l’hiver…

Cédric Bru avait réuni à cette occasion un plateau de choix avec deux spécialistes reconnus du sujet et un journaliste d’investigation qui s’était penché en 2005 sur le sujet.

L'organisateur souligna que même, s’ils abordaient un thème commun, chacun le traitait différemment, avec un talent et un style singuliers.

Emmanuel Kreis, doctorant en sciences religieuses, considéré comme une référence dans l'étude du mythe du "complot judéo-maçonnique" en décryptant des textes fondateurs, anciens et souvent méconnus revenait en érudit aux origines de la théorie du complot et proposait avec Les Puissances de L’Ombre (2009. CNRS Editions) une anthologie essentielle à tout amateur du genre.

Véronique Campion-Vincent, spécialiste du phénomène des rumeurs, également l'auteur, avec Jean-Bruno Renard, de Légendes Urbaines et De Source Sûre, publiés chez Payot prolongeait son travail avec cette Société Parano (2005. Payot), étude particulièrement pointue sur le conspirationnisme, en particulier américain, ou elle dit "aborder ce sujet en esthète et se qualifie de parano dilettante" ce qui ne l’empêche pas d’être un puits de science sur le sujet.

Frédéric Charpier, écrivain et journaliste qui a notamment publié Au Cœur de la PJ (Flammarion), Génération Occident (Le Seuil), était invité pour L’Obsession du Complot paru en 2005 chez Bourin ,une remarquable synthèse du phénomène conspirationniste nourrie d’informations capitales et offensives contre les adeptes du complot. Egaement, et pour faire le lien avec l’actualité, pour son récent Une Histoire de Fous, le Roman Noir de L'Affaire Clearstream publié au Seuil.

kreis.jpg Dans son traditionnel édito, Cédric Bru, souligna qu’en préparant cette rencontre, il put constater que "de la conjuration antique au complot mondial, tous les sentiments humains sont visités. La réalité systématiquement réinterprétée, dépassant ici forcément la fiction, on est confronté par son étude à une vérité totalement romanesque, voire fabuleuse, puisque, par définition, parfaitement hypothétique "

Il poursuivit son intervention en affirmant que "la théorie du complot et son cortège de mystères, de fantasmes et de secrets ont irrigué l’histoire des idées. Qu’une authentique culture en est issue et que des écrivains, parmi les plus grands, ont nourri leur travail de cette obsession jusqu’à en faire un réel concept et une vraie installation intellectuelle dans l’acception de l’art contemporain"

La règle du jeu de cette soirée était, davantage que de passer chaque livre en revue, de poser des questions génériques sur le thème auxquelles les auteurs répondraient selon la sensibilité et l’angle de leur approche.

L’animateur débuta en demandant aux invités ce qui les avaient conduit à s’intéresser la théorie du complot, et chacun donna une réponse bien différente.

Emmanuel Kreis avait toujours été séduit par l’ésotérisme en général mais, plus particulièrement quand, lors de ses études il avait été frappé par la place de ces pratiques dans l’histoire des religions ce qui l’avait progressivement conduit à s’intéresser au complot maçonnique, puis au complot juif ,jusqu’à en faire une étude approfondie des textes originaux.

Véronique Campion Vincent, ingénieur de formation, contracta le virus quand elle travailla sur les faits et méfaits des antennes pour les téléphones mobiles et les mouvements que cela pouvait entrainer.

Quant à Frédéric Charpier, c’est par réaction face à une presse aux informations non sourcées, souvent issue de l’Internet et qui prenait pour monnaie courante tout ce qui y circulait que lui vint l’idée de ce livre.

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Cédric Bru insista sur le fait que cette théorie du complot est actuellement très à la mode grâce au triptyque hétérogène : X-Files, 11 septembre, Da Vinci Code.

Les auteurs acquiescèrent tout en rappelant que les conspirationnistes font feu de tout bois et que même le meurtrier séisme d’Haïti, aurait vite, pour certains, des explications tordues.

On commença par revenir sur la définition des termes : Le Robert définit le complot comme : "un projet concerté secrètement contre la vie, la sûreté de quelqu’un, contre une institution". Mais entre complot et théorie du complot, on le verra les différences sont nombreuses.

Comme l’indique F. Charpier, la conspiration de Catilina, par exemple, "est l’antithèse de la théorie du complot. Elle repose sur des faits précis, avérés, non controversés (…) intégrés à un contexte historique objectif. A l’inverse, une théorie du complot ou une thèse conspirationniste raisonne sur la face prétendument cachée de la réalité faisant de l’Histoire connue une imposture permanente"

V. Campion Vincent précise, quant à elle, que "la théorie du complot renvoie à des complots qui n’existent pas ou déforme la présentation de complots réels en les élargissant au-delà du raisonnable"

Pour E. Kreis, "le mot complot fait son apparition dans la langue française au 12e siècle, au moment où la chrétienté se lance avec vigueur dans le combat contre les hérétiques (…) Ce n’est qu’au 18e siècle que la théorie du complot fait réellement son apparition. Avec la Révolution Française commencerait l’ère de l’incertain et de l’indécis…"

Les trois grands principes sur lesquels s’appuie la théorie du complot sont que, tout est lié, rien n’arrive par hasard et les choses ne sont pas ce qu’elles semblent être selon le désormais célèbre "la vérité est ailleurs".

Si l’on rajoute, à en croire les invités, que les arguments sont purement interprétatifs, les analogies fantaisistes et hermétiques et les preuves scientifiques inexistantes, on voit à quel point le conspirationnisme s’échafaude sur des sables mouvants

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On en vint, après avoir détaillé l’idée même de la théorie du complot, brossé le portait du conspirationniste type (on ne le reconnait pas dans la rue…) aux principaux complots et aux textes fondateurs qu’Emmanuel Kreis propose dans son anthologie.

Les débatteurs s’attardèrent, en particulier, sur les supposés complots jésuite, templier, judéo-maçonnique, protestant ou encore sioniste.

Quant aux textes qui retinrent particulièrement l'attention, notons : Mémoires pour Servir à l’Histoire du Jacobinisme, La lettre de Simonini à l’Abbé Barruel, Le Discours du Rabbin, Les Protocoles des Sages de Sion, La France Juive...

Pour les amateurs de littérature contemporaine, Cédric Bru cita Philip K. Dyck, William Burroughs, Don DeLillo, Thomas Pynchon ou James Ellroy parmi les écrivains chez qui la théorie du complot a une grande importance.

Des complots plus insolites furent également rappelés comme : la conspiration des magiciens, la conjuration des spirites ou le complot des reptiliens...

Et, bien sûr, il n’y a pas de théorie du complot sans grand conspirationnistes célèbres et efficaces. Les auteurs évoquèrent, entre autres, l’Abbé Barruel, Edouard Drumont, Lyndon Larouche, David Icke ou Thierry Meyssan.

Dès lors, que l’on citait le nom de Thierry Meyssan s’ouvrit un chapitre particulièrement intéressant de la rencontre. Celui, évidemment lié au 11 septembre et plus généralement au conspirationnisme américain.

Il avait été rappelé en début de soirée que la France et les Etats-Unis étaient les deux pays où la théorie du complot s’épanouissait le mieux.

campion.jpg Dans le cas hexagonal, certainement par le fait que cela correspondait assez bien au côté littéraire et romanesque du conspirationnisme. Pour les USA, comme le souligna V. Campion Vincent, "Ils sont en 1ère ligne pour leur rôle dans la production et la diffusion mondiale de l’industrie du divertissement et de la fiction de masse"

Frédéric Charpier avec beaucoup de verve et de précision revint sur le parcours, la personnalité et les alliés objectifs de Thierry Meyssan, alors que V. Campion Vincent bluffa l’auditoire par ses connaissances inouïes de la nébuleuse complotiste américaine.

Ces sujets firent à de nombreuses fois réagir le public qui sut par ses questions donner un sel supplémentaire à une rencontre qui n’en manquait pourtant pas.

Le dernier grand sujet conspirationniste à faire débat dans cette soirée animée, après celui sur la grippe H1N1, fut le Da Vinci Code dont Frédéric Charpier rappela que sa genèse, soit l’histoire de Rennes le Château, avait été popularisée dans les années 70 par un de ses amis Gérard de Sède, écrivain et conteur, qui à force d’avoir enjolivé la réalité en avait, à son insu, fait une des plus grandes supercheries historiques récupérée par des écrivains anglo-saxons sûrement moins bien intentionnés.

Cédric Bru, avant de conclure, insista sur le dernier livre de Frédéric Charpier, Une Histoire de Fous, le Roman Noir de L'Affaire Clearstream aux éditions du Seuil qui, même s’il ne relève pas de la littérature ni de l’information conspirationnistes, possède dans son intrigue tous les éléments qui aurait pu l’y rattacher.

On y voit comment un grand patron d'entreprise publique se laisse aller à des idées de complots de tout genre et plonge la vie politique d’un pays dans une ère du soupçon sans égal. A lire avant le verdict du 28 janvier sur Clearstream !

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La rencontre se termina alors qu’à peine la moitié de ce qui pouvait être dit le fut, mais le sujet étant tellement vaste qu’il fallait bien laisser aux spectateurs le soin de découvrir d’autres complots et autres comploteurs dans les livres que les auteurs s’apprêtaient déjà à leur dédicacer.