mercredi, novembre 4 2009, 18:23
Coupable de Tout de Herbert Huncke
Par Les Obsédés Textuels - Chroniques - Lien permanent
L'homme aux bras d'or...
L’écriture sous stupéfiants reste une énigme et tient toujours du miracle…
En effet, comment composer avec l’obsession toxique qui réduit une vie à la quête incessante du produit et la capacité à créer et à rendre compte du bien réel comme dans le cas d’Herbert Huncke ?
Coupable de Tout (ah, ces traductions de titres…) est une compilation inédite, à ce jour en français, et précieuse des écrits d’un ange noir de la Beat Génération, cette comète folle qui lança définitivement la contre culture.
Herbert Huncke apparaît, en effet, sous divers noms dans quelques opus de Kerouac, de Ginsberg et de Burroughs, non en tant qu’écrivain – qu’il ne fut jamais complètement même s’il en avait la carrure – mais bien comme toxico, dealer et aigrefin de Times Square, surface de réparation de la racaille de l’époque.
Pourtant, Huncke avant de connaître une vie de "clochard céleste" s’intéressera authentiquement à la poésie et à l’art en général.
Conteur exceptionnel, âme sensible, cœur généreux mais faible, Herbert Huncke, à la différence de ses copains écrivains que la gloire installa, en dépit de leurs propres écarts, dut se débrouiller tout seul. Dans la rue. Et celle-ci ne fait pas de cadeaux. Ne s’encombre pas de politesses et de paroles données.
Manger ou être mangé, telle est sa loi.
Herbert Huncke connaîtra la drogue dès les années 30. La drogue d’avant la cocaïne et le crack. Herbe, amphétamines et héroïne sont ses compagnes inséparables avec leur cortège de "désagréments" : manque, errance, sexualité trouble et... prison bien sûr !.
Encore une chose qui l’éloigne de ses potes bobos et le rapproche un peu plus d’un Neal Cassidy (Dean Moriarty dans Sur la Route) par exemple (l’un et l’autre fréquentèrent Jerry Garcia, guitariste et fondateur du Grateful Dead, qui assura le gîte de Huncke au Chelsea Hotel sur la fin de sa vie).
Les textes proposés ici sont constitués principalement d'une galerie de portraits de figures de la faune newyorkaise d’après guerre, de récits et de notations du quotidien d’un junky qui n’oublie pas de tout regarder avant de sombrer dans les délices artificiels des rêves narcotiques.
Mis bout à bout, ces textes constituent une sorte d’opéra trash qui annonce l’œuvre d’un Lou Reed.
On y trouve aussi, en plus des commentaires intimes, de pertinentes remarques sur les auteurs beat. Retenons celle-ci concernant Burroughs qui témoigne d’une clairvoyance littéraire rare : " En tant qu’écrivain, c’est un maître, et il a assurément mis à nu les conventions sociales actuelles. Mais il y a cette froideur – il a quelque peu oublié l’élément humain, il me semble."
Pour conclure, nous dirons que ce document contribue, après le passionnant Sur Ma Route de Carolyn Cassidy (femme de Neal), à apporter un éclairage unique sur une période qui vit définitivement changer l’Amérique et la littérature.
On se souviendra que ce décryptage velvetien avant la lettre vint d’un homme mort dans le warholien Chelsea Hotel en 1996 et qui écrivait de lui-même: "On dirait que je distille un poison"
Cédric BRU
Le Seuil. 2009
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