C’est dans une ambiance feutrée et une configuration plus intime (l'animateur et les auteurs au cœur du public...) qu’eut lieu cette rentrée des Obsédés Textuels.

Le sujet en était « Romans d’Apprentissage » dont Cédric Bru rappela : "qu’ils appartenaient à une tradition ancienne dans l’histoire romanesque, ce genre appelé aussi roman d’initiation puise ses sources dans l’intimité de l’auteur, dans la volonté de ce dernier à retrouver par l’écriture un fil parfois brisé, une mémoire en jachère, un enchantement dissipé…"

lacroix.jpg Pour illustrer son propos et être en phase avec la rentrée littéraire, l'organisateur avait invité Jean-Michel Guenassia pour Le Club des Incorrigibles Optimistes, publié chez Albin Michel, qui est un des grands succès de cette rentrée et un prétendant au Prix Goncourt et Alexandre Lacroix pour Quand J’étais Nietzschéen, édité par Flammarion, qui témoigne des jeunes années de l’auteur marquées par la philosophie décapante du philosophe allemand.

C’est au cadet des invités que revint de lancer le débat en soulignant que ce roman – très autobiographique - poursuit un travail auto fictionnel commencé avec De la Supériorité des Femmes en 2006.

Le rédacteur en chef (né en 1975) de Philosophie Magazine s’expliqua d’abord sur son attirance adolescente pour Nietzsche, commentant, quand un spectateur lui demanda ce qu’était d’être « nietzschéen », avec brio sa philosophie.

AL0610.jpg Il revint ensuite au cœur même de son livre, roman original et alerte, qui raconte les péripéties amoureuses, amicales et psychologiques d’un garçon de 16 ans dans l’univers du quartier latin des années 80.

Alexandre et son ami Frank rentreront en "Nietzscherie", cette philosophie "dangereuse et toxique" comme on rejoint les Hell’s Angels par une sorte de rituel d’initiation qui fait fi de toute compassion et privilégie l’intolérance.

Mais, viendra l’heure de la raison et les périodes d’examens où, une fois encore, Alexandre trouvera Nietzsche sur son chemin pour mieux le trahir car s’en servant avec talent et non révolte pour obtenir sa licence de philosophie.

Le roman s’achèvera sur une note douce amère qui ramène à cette phrase de Modiano "La vie a raison de bien des prétentions"

En attendant Alexandre Lacroix nous donne rendez-vous l’année prochaine pour le 3e volet de sa trilogie personnelle.

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De Jean-Michel Guenassia, on sait peu de choses. A près de soixante ans (né à Alger en 1950), il publie ce Club des Incorrigibles Optimistes qui n’est que son deuxième livre (le premier étant Pour Cent Millions. Liana Lévi. 1986) et qui fait déjà vibrer la rentrée littéraire par sa qualité et sa puissance d'évocation.

L'essentiel étant avant tout dans la qualité de restitution de ses souvenirs par l'auteur.

On se retrouve ainsi plongé dans les années 60 où Michel Marini, jeune adolescent, va découvrir la vie, l'amour et les faiblesses humaines et un mystérieux club d'échecs peuplé d'émigrés de l'Est qui portent en eux un terrible secret.

Cédric Bru tint à dire à l’auteur à quel point son livre était à ses yeux, une revanche de la vraie littérature de narration. Entre roman personnel et fresque foisonnante.

Il rajouta que certains critiques avaient qualifié son écriture de classique mais à ceux là l’animateur rétorquerait que Jean-Michel Guenassia avait écrit comme on écrivait dans les années 60 et c’est peut-être là le meilleur hommage rendu à la qualité littéraire de cette époque.

guenassia1.jpgD’entrée, un spectateur qui était déjà depuis quelques jours dans la lecture du livre insista sur le fait qu’il ne considérait pas "Le Club" comme un roman d’apprentissage ce qui eut pour effet positif d’ouvrir un court débat sur le sujet.

D'ailleurs, pour bien situer ses préférences, l’auteur ne cacha pas son admiration pour des auteurs comme Soljenitsyne, Kundera ou John Irving.

Comme dans le roman d’Alexandre Lacroix, c’est un café qui constitue la plaque tournante de l’intrigue. Davantage encore ici. C’est au "Balto", place Denfert-Rochereau que Michel vivra ses années d’apprentissage.

Le roman oscille telle une fresque binaire entre la vie personnelle de Michel (sa famille, ses amours, ses amis d’enfance…) et le monde du Balto qui symbolise tout l’apprentissage du monde.

Le héros côtoie des émigrés de l’Est qui ont chacun connu des vies étonnantes et se retrouvent en France tous pour des raisons politiques.

Le Balto sert aussi de caisse de résonnance des idées de cette époque (russes blancs, juifs émigrés, communisme, progressisme, guerre froide…) et des drames et anecdotes personnels (l’histoire d’amour déchirante de Léonid, la profession perdue de Tibor, les secret de familles...

De grand événements aussi – entrée de Joseph Kessel à l’Académie Française ou mort d'Albert Camus qui donna à l’animateur l’occasion de lire un des plus beaux passages du livre et d’avoir pour l’auteur cette phrase : "Votre description de la réaction de Sartre à la mort de Camus restera dans les livres !"

A noter qu’une saine polémique se créa entre les deux auteurs et le public sur le rôle de Sartre dans la Résistance et sur son engagement communiste. Eternel débat !

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A cet égard, Cédric Bru insista sur la connaissance remarquable de Jean-Michel Guenassia pour l’histoire de cette période.

Un homme, Sacha, va changer le cours du livre, aider ou manipuler Michel (à en croire l’auteur…). Sacha rejeté par l’ensemble de la communauté du Balto dont Michel connaîtra à la fin la raison que l’on ne peut dévoiler au risque de gâcher la chute du livre.

Les années passeront, le Balto changera, Michel grandira et apprendra le terrible secret de Leonid et de Sacha.

Bonne nouvelle, Jean-Michel Guenassia, à l'instar de son jeune confrère, nous promit en direct une suite à ce livre passionnant dont, en effet, le destin de beaucoup de protagonistes reste en suspens.

Cédric Bru conclut pour laisser les auteurs signer leurs livres et échanger avec les lecteurs toujours sensibles au contact direct.