photoHenning Mankell sait bien qu’il n’y a pas de flics heureux…

Dans son dernier opus, Avant le Gel, nous avions laissé le commissaire Wallender, à deux doigts de la retraite, bougon et définitivement revenu de tout, tenter, tout en l’aidant dans ses premiers pas d’aspirante flic, de décourager sa fille de suivre ses pas dans cette fichue carrière où les dépressions nerveuses rythment le quotidien des commissariats et plombent la vie de ceux qui les peuplent.

Hasard des parutions ou réalité éditoriale, toujours est-il qu’il faut désormais faire sans la célèbre lignée Wallender dans ce redoutable Retour du Professeur de Danse.

Pour autant, le jeune Stefan Lindman n’est pas plus optimiste que son glorieux ainé. A sa décharge, il a une bonne raison pour douter des bons côtés de la vie et pour prendre l’enthousiasme avec des pincettes : on vient de lui découvrir une tumeur cancéreuse à la langue !

« Je vais mourir et je n’ai pas quarante ans » se lamente intérieurement Stefan quand il apprend la fin tragique dans le chalet perdu du Härjedalen, où il s’était retiré, de Herbert Molin, un ex collègue parti depuis plusieurs années en retraite. Celui-ci a été retrouvé assassiné après avoir été torturé selon un mode opératoire rappelant la chorégraphie du tango.

Dès lors, Stefan qui ne croit plus à grand-chose se sent irrésistiblement poussé à découvrir ce qui s’est réellement passé autour de la mort de Molin. En tentant de s’oublier lui-même, Lindman va réveiller les fantômes du passé et les spectres d’un nazisme suédois oublié, tapi jusque dans sa propre famille.

Une fois encore, Henning Mankell réussit à nous envouter par une histoire qui allie la précision et l’efficacité de l’enquête policière à une réflexion plus profonde sur la nature humaine et la folie des hommes. Entre présent morose et passé honteux qui lui explose à la figure, Stefan Lindman digne successeur de Wallender, va aller de révélations cruelles en échecs routiniers jusqu’à l’ultime rebondissement qui fera de lui un autre homme.

Par delà ce Retour du Professeur de Danse, l’œuvre d’Henning Mankell constitue un exemple de ce que le polar peut avoir de meilleur. Loin d’une simple littérature de divertissement, elle offre aux lecteurs lassés des thrillers à deux sous, une plongée superbe et ténébreuse dans le territoire des affligés.

C’est sûr, il y a bien un modèle suédois…
Cédric BRU

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