Les Obsédés Textuels

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Ecrits Meurtriers

Rendez-vous d'une littérature dangereuse et sanglante, ces Écrits Meurtriers regroupent nos coups de cœur pour les polars et thrillers récents.

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Au Fond de l'Eau de Paula Hawkins. Sonatine Editions

Hawkins.jpgSans tarder, après l’impressionnant succès planétaire de La Fille du Train, les éditions Sonatine publient Au Fond de l’Eau le second effort de Paula Hawkins. On y retrouve les fondamentaux qui ont fait la réussite de son premier roman : narration polyphonique, étude psychologique serrée et suspense allant crescendo. Pour les amateurs on pense très vite à L’Été des Noyés de John Burnside (Métailié. 2014) Julia, à l’occasion de la mort se sa sœur ainée Nel Abbott dont elle s’est depuis longtemps éloignée retourne à Beckford, petite bourgade anglaise où coule une rivière abritant le sinistre Bassin aux Noyées qui a vu avant Nel nombre de « femmes à problèmes » s’y donner la mort...

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Dans l'Ombre d'Arnaldur Indridason. Métailié

Indridason3.jpgOn croyait tout savoir du talent si singulier d’Arnaldur Indridason, le maitre du polar islandais qui tel un Simenon nordique diffuse depuis seize romans un charme puissant et lancinant à nul autre pareil : sa subtile approche policière, son habile traitement des rapports humains et son écriture pacifiée s’opposant à l’hystérisation des thrillers anglo-saxons. Pourtant, Dans l’Ombre paru en février dernier et qui s’affiche comme le premier volet d’une Trilogie des Ombres ouvre de nouvelles voies et offre à son auteur l’occasion de revenir sur les années 40 et l’occupation anglo-américaine du petit pays glacé...

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Noir Sanctuaire de Preston & Child. L'Archipel

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Preneur d'Otages de Stefanie Pintoff. Mercure de France

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Au Scalpel de Sam Millar. Le Seuil

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Les Pièges de l'Exil de Philip Kerr

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En Lieux Sûrs de Linwood Barclay

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Ecrits Meurtriers

Lus récemment

gerritsen4.jpg Écorchures de Tess Gerriten. Presses de la Cité
A vrai dire, nous avions délaissé Tess Gerritsen depuis l’apparition de l’affligeante série TV mettant en scène Rizzoli & Isles, où nos deux héroïnes, tout brushing dehors, avaient perdu ce sang qui faisait la valeur des romans les mettant en scène. Bien nous en a pris de parier sur cet Écorchures dans lequel nous avons retrouvé tout ce qui fait le charme et l’extrême qualité des thrillers de l’ancien médecin devenu auteure à succès. A l’instar d’une Mo Hayder ou d’une Lisa Gardner, Tess Gerritsen a la faculté de sans cesse se renouveler, d’utiliser de nouveaux ressorts dramatiques et de repousser les limites du suspense. Dans Écorchures, la policière et la légiste de Boston ont affaire à un tueur sanguinaire dont les meurtres ramènent aux pratiques les plus insupportables de la chasse aux grands fauves. Victimes écorchées, dépecées et laissées mortes et pendues comme celles d’un léopard. Précisément, c’est la mort de Léon Gott, un célèbre chasseur et taxidermiste qui va les mettre sur une piste africaine qui vit, six ans auparavant, tout une équipe dont Elliott, le fils de Gott, partie pour un safari ne jamais revenir à l’exception d’une jeune femme à jamais traumatisée. Rizzoli & Isles pénètrent dès lors ce monde cruel et fascinant de l’étude et de la chasse des grands félins. Elles vont remonter nombre de pistes – souvent fausses ou infructueuses - les conduisant à des morts aux allures sacrificielles en rapport avec celle de Gott, soit, entre autres, éviscération et pendaison. S’acharnant à retrouver le guide de l’expédition maudite, les deux femmes vont aller de surprises en désillusions et vite comprendre que le plus sophistiqué des prédateurs est assurément bien l’homme.


Morrow.jpg Duel de Faussaires de Bradford Morrow. Policiers Seuil
Le polar campe de plus en plus dans des territoires généralement éloignés du crime. Littérature universelle, il nous donne l’occasion de visiter des mondes et d’investir des univers comparables à des niches en terme marketing. Duels de Faussaires du nouveau venu Bradford Morrow (65 ans et six romans à son actif… !) nous entraîne dans le domaine feutré de la bibliophilie. Ni totalement thriller littéraire, ni vraiment roman policier à énigmes, cet opus développe la partie d’échec meurtrière que se livrent deux, voire trois protagonistes qui ont hérité du double vice de la collection et du plagiat. Ici, les victimes s’appellent aussi Conan Doyle ou Yeats. Tout commence quand on retrouve mort avec les mains coupées Adam Diehl collectionneur et, si l’on en croit le narrateur – amant de la sœur du défunt – faussaire à ses heures. C’est justement le narrateur qui a du souci à se faire dès lors où il reçoit des lettres anonymes écrites et signées de la main de Doyle, Shakespeare ou Henry James. Ces lettres menacent et révèlent les crimes bibliophiliques du narrateur. Ce dernier ne tarde pas à identifier le corbeau et une confrontation enchâssée dans le chantage va alors commencer. Difficile d’en dire plus si l’on ne veut pas bousculer l’ordre vénérable imposé par la bibliophilie quand elle est à son sommet. Artistes, artisans, dangereux maniaques ou escrocs sans vergogne composent le contingent de ces faussaires qui donnerait leur vie et prendrait celles des autres pour un prestigieux paraphe ou un texte apocryphe. L’écriture est somptueusement maitrisé comme si elle voulait coller à celle des maitres qu’elle évoque quand l’intrigue prend des allures de toile d’araignée. La fin est stupéfiante. Comme le début. A découvrir.

SM4.jpg La Main de Dieu de Philip Kerr. Le Masque
"Le football, quatre-vingt-dix minutes de sport et toute une colonne Trajanne de haine et de ressentiment" lâche Scott Manson page 193. Le deuxième volet de ses enquêtes se déroule donc en Grèce ce qui explique le sens de son commentaire. Une fois de plus, le grand Philip Kerr – de plus en plus graphomane (deux séries – le retour de Bernie Gunther annoncé pour fin mars - plus des unitaires à son actif) mêle l’Histoire et l’anecdote, la politique et le social, et ici le football et le crime. Le Mercato d’Hiver (voir chronique) nous avait présenté Scott Manson ancien joueur professionnel de Première Ligue devenu entraineur du club (fictif) de London City. Ce dernier avait démêlé l’intrigue difficile de la mort de son chef le charismatique entraineur Joao Zarco. Ayant repris les fonctions du défunt, il part jouer un premier tour de Ligue des Champions à Athènes contre l’Olympiakos. Le match vire au drame quand Bekim Develli meurt foudroyé en fin de première mi-temps. Le match retour devant avoir lieu une semaine après, l’équipe anglaise va être assignée à résidence le temps qu’autopsie, enquête et passe-droits soient effectués. Dès lors c’est Hercule (Poirot !) au stade ! Scott va devoir s’immerger dans le vie athénienne gangrénée par la corruption et la mauvaise gestion de sa population. Si l’on y rajoute les intérêts toujours plus aiguisés des agents, manager, propriétaires de clubs, on a de quoi regarder le football d’une autre manière. Philipp Kerr, sur de son art, se régale à relever les dysfonctionnements d’un pays pour lequel il ne semble pas avoir une grande sympathie. Scott qui "connait la difficulté d’élucider un crime tout en dirigeant une équipe" va mettre son nez partout quitte à payer de sa personne. La Main de Dieu (en référence à un célèbre but marqué de la main par Maradona en 1988) est un régal pour spécialistes du ballon rond qui savoureront les références footballistiques. Les autres pourront trouver le rythme un peu lent, les détails légion, le schéma narratif proche de celui du théâtre et le thème spécialisé. Mais jamais ô grand jamais, ils ne pourront passer à côté d’une des meilleurs plumes policières de notre temps !

Rabbott.jpg Une Famille Trop Parfaite de Rachel Abbott. Belfond
"Les gens font toutes sortes de choses étranges pour des raisons qu’eux seuls saisissent" Cette phrase d’apparence anodine reflète presque idéalement l’univers du thriller pavé de mauvaises intentions souvent inexplicables. Sleep Tight (que nous préférerons au racoleur Une Famille Trop Parfaite) confirme le sens inné de Rachel Abbott pour mettre à jour la cruauté domestique, la violence ordinaire et la folie invisible. Tout a été écrit sur l'auteure : ses débuts en auto production, son irréductible carré de fidèle, ses publications directement accessibles sur Amazon et aujourd’hui – enfin reconnue des professionnels de la profession -, une des auteures les plus authentiques qui soient. On l’a vu avec Le Passé de Samantha Hayes par exemple, le thriller dit psychologique a tendance à s’essouffler, à tourner en rond. Surement trop économes de ressorts narratifs puissants, beaucoup d’auteurs cherchent un second souffle. Ici, Rachel Abbott revient à la base même de tout bon polar psychologique, de ceux qui vous mettent la chair de poule et vous obligent à tourner les pages, c’est-à-dire le suspense. Mais le suspense avec un grand S. Une femme ; Olivia, et ses trois enfants sont menacés par leur père et mari, Richard, ce dernier déséquilibré et furieusement possessif à l’égard de sa femme. D’autant qu’Olivia n’a jamais oublié un amour brisé neuf ans plus tôt. Abbott recycle avec une maitrise rarement atteinte sauf chez Lisa Gardner, Harlan Coben ou Peter Watson le thème de l’ogre. Ces hommes furieusement obsédés à double personnalité chers aux thrillers anglo-saxons font le bonheur du lecteur quand à chaque instant leur déséquilibre peut les pousser à repousser l’intrigue encore plus loin dans l’épouvante et la folie. Tom Douglas le héros récurrent d’Abbott, moins à la manœuvre que dans les précédents opus, va avec son équipe remonter une machination qui n’a rien à envier aux grandes affaires de serial killers ou de disparitions non élucidées. Cinquante page de moins et on tenait un chef d’œuvre.