Dès le début, le ton est donné quand on assiste au presque trépas de Yannick Gallard, voyou chic et choc et spécialiste d'art reconnu aux ordres d'un oligarque russe retiré dans sa somptueuse maison en pierres de taille de Toulouse.

Après cette ouverture en fanfare, on retrouve notre héros six mois plus tard dans une pénible convalescence. Les trente grammes de Doliprane que lui a fait ingurgiter de force son bourreau ont nécessité une greffe du foie et un protocole médicamenteux invasif et contraignant. En plus de son état de santé aux abonnés absents, Yannick se vautre dans la fange pour oublier le départ de son amant répondant au surnom de Phoenix, un tueur aguerri de 15 ans son aîné.

Tout ce petit monde opère dans l'univers de l'art. Et ce n'est pas très joli. Les alliés d'aujourd'hui deviennent vite les ennemis de demain, et les sentiments se déforment autant que les figures de Francis Bacon. Bacon justement qui va être au centre de l'intrigue, et dont Yannick va devoir faire exécuter un vrai faux tableau pour apaiser le courroux de la cheffe de la mafia nigériane locale. Autant dire que son emploi du temps va être chargé quand on sait, qu'en plus, il est autant dans le viseur de la police que dans celui de ses propres employeurs....

L'autre personnage centrale de Trente Grammes est la ville de Toulouse que Gabrielle Massat nous fait découvrir avec charme et précision. Loin des centres urbains habituels dans la littérature policière, la province ici prend des allures de pittoresque base arrière.

Pour conclure, hormis la relation homosexuelle de Yannick et de son tueur d'amant - qui semble plutôt s'apparenter à un fantasme d'auteure sacrifiant à un effet de mode récurrent - à laquelle on ne croit pas une seconde, tout est ici réuni (style, intrigue, plongée passionnante dans le monde de l'art...) pour faire de ce Trente Grammes une indispensable lecture d'été.

Cedric BRU