Né du rêve de Michel Magne, compositeur avant-gardiste de musiques de films, entre autres, ce projet singulier prendra forme dans une agréable propriété tout prés d'Auvers sur Oise. L'idée pour Magne, fêtard invétéré, était d'associer la création musicale et la liberté des mœurs, credo de cette époque angélique. En quelque sorte, avoir l'impression d'être toujours en vacances tout en continuant à travailler.

C'est ainsi que se présentèrent bientôt à la porte de ce château-hôtel-studio d'enregistrement quelques unes des plus fines gâchettes de l'époque, attirées par un bouche à bouche relayé par les stars elles-même. Elton John donc mais aussi David Bowie, les Bee Gees ou encore T. Rex et Fleetwood Mac, comme également nombre d'artistes français tels que Jacques Higelin, Patrick Coutin, Bernard Lavilliers, ou Claude Nougaro vinrent à Hérouville pour graver des opus de légende.

Las, Michel Magne, davantage organisateur de soirées que gestionnaire, devra bientôt laisser la place - avant de disparaitre tragiquement - au risque de voir ce lieu mythique mourir peu à peu. Et c'est principalement sous la houlette de Laurent Thibault que Hérouville revivra et continuera son parcours presque sans faute.

Centré sur la figure et la parole de ce dernier, Hérouville, le Château Hanté du Rock de Laurent Jaoui est un formidable voyage dans le rock des années d'or et une mine d'anecdotes qui ne tournent pas toujours à l'avantage de ces stars capricieuses qu'étaient les géants de la musique d'alors. Seul petit regret : la relative faiblesse du style pour un sujet qui aurait mérité davantage d'âme et des envolées à la hauteur des faits rapportés. Mais l'essentiel est ailleurs.

Cedric BRU