L'ascendance déjà – les célèbres comédiens Jean Pierre Aumont et Maria Montes – pesait sur ses fragiles épaules, et la rangeait avant l'heure dans la catégorie fatale des « fil(lle)s de ». Pourtant, autant par son physique sublime que par sa candeur sympathique, elle sut s'ouvrir le chemin des studios. Mais une ombre noire la menaça bientôt, et la drogue bouscula vite tout éventuel plan de carrière. En ces années où l'héroïne s'apparentait à une sombre religion qui voyait ses fidèles se regrouper autour d'une seringue faisant office d'eucharistie, Tina devint rapidement une adepte zélée connaissant par cœur la liturgie du désastre.

Dès lors, précédée d'une réputation de junkie incontrôlable, sa carrière bascula vite dans l'anecdote, et sa vie prit les traits d'une quête effrénée de spasmes opiacés. Ses compagnons, aussi accrocs qu'elle, ne lui étant d'aucun secours, quand elle aurait eu besoin de mains solides et salutaires. Tina, définitivement revenue en France, traversa les années 80 et 90 comme on gère une légende fatiguée. Proche de fantômes ou toxicos magnifiques comme Alain Pacadis, Yves Adrien ou Patrick Eudeline, elle rejoignait déjà d'autres grands brûlés tels que Marc Porel, Edie Sedgwick ou Anita Pallenberg. Séropositive, sous oxygène et vivant dans un cloaque, Tina Aumont terminera ses jours à Port-Vendres, en 2006 d'une embolie pulmonaire à l'âge de 60 ans.

Jean Azarel, visiblement épris de son sujet, propose avec Waiting for Tina une biographie poétique nimbée de mystère et de grâce. Digne des meilleures enquêtes américaines, son travail passionné et passionnant, à défaut d'idéaliser bêtement Tina Aumont, la remet à la place qu'elle n'aurait jamais dû abandonner. Celle de petite fiancée du cinéma des années 60/70.

Cedric BRU