C'est en effet, et même si cette appellation restera française, en 1986 aux États-Unis que débute vraiment cette aventure sonore. Engagé jusqu'au coup dans la musique hip-hop, dont les principaux représentants du moment se nomment Beastie Boys ou LL Cool J, le jeune producteur Rick Rubin a l'idée d'une cover d'un hit d'Aerosmith, alors en pleine traversée du désert, associant Run-D.M.C. autre groupe vedette du rap, aux célèbres Bostoniens. Porté par un clip saisissant, Walk This Way va faire un malheur, relancer la carrière des Toxic Twins et précipiter surtout un mariage durable entre ces deux genres musicaux.

A vrai dire, la fusion qui prend ici son envol ne date pas de cet effort. Quelques innovateurs géniaux comme Miles Davis, Jimi Hendrix ou Frank Zappa l'avait en leur temps explorée. Que dire aussi des groupes de jazz rock allant de Chicago à Mahavishnu Orchestra en passant par Blood, Sweat and Tears et Weather Report qui puisaient une partie de leur inspiration ailleurs que dans le blues ? Malgré tout, le sas séparant les genres restait étanche. Walk This Way va faire sauter les barrières et accélérer le métissage.

Dès lors, il deviendra de bon ton pour les rappeurs comme pour les métalleux de ferrailler ensemble. Les uns samplant les autres, les seconds s'inspirant des premiers. De cette innovation qui saura éviter les pièges du gimmick et du simple gadget musical va naître une scène incandescente portée par des groupes créatifs et ambitieux qui vont bientôt enflammer les scènes, en particulier celles des festivals porte voix de cette nouvelle musique comme le Lollapalooza ou le Ozzfest.

C'est l'heure pour des groupes séminaux comme Red Hot Chili Peppers, Faith No More, Jane's Addiction ou Rage Against The Machine de dévoiler un spectre musical large et puissant, s'étendant du rock au funk en passant par le rap et le metal, qui va vite enchanter une jeunesse énervée se reconnaissant dans ces hordes aux looks empruntés autant aux rastas, qu'aux skaters ou aux gangsters des ghettos. Derrière les groupes historiques auxquels se rajoutera bientôt les agités de Prodigy, suivra une nouvelle vague portée par Korn (même s'il s'en est jamais revendiqué) qui déboulera sous l'appellation de Nü-Metal représentée par Linkin Park, Limp Bizkit ou Slipknot. Groupes qui exploseront les compteurs en terme de ventes mais disparaîtront souvent aussi vite qu'ils étaient apparus en raison d'une trop criante banalité. Pour autant, la fusion a perduré et, même si elle est davantage aujourd'hui célébrée à travers les reformations de certains groupes culte, elle irrigue encore quelques vaillantes formations bien résolues à la faire vivre (Hollywood Undead, Powerflo...).

Jean-Charles Desgroux, dont nous avons plusieurs fois souligné ici la grande compétence et la parfaite expertise à travers maintes contributions (Iggy Pop, Alice Cooper, Stoner, Hair Metal), brosse en détail l'histoire du rock fusion qu'il fait suivre (à l'image de la charte de cette collection) d'une remarquable sélection de disques représentatifs d'un mouvement à (re)découvrir. Enfin, il n'oublie pas d'évoquer quelques avatars hexagonaux tels que FFF, Mass Hysteria, Pleymo ou Shaka Ponk qui soutiennent sans rougir la comparaison avec nombre de leurs confrères anglo-saxons.

Cedric BRU