L'Instruction fait partie de ses textes qui laissent une empreinte forte sur le lecteur. Relevant autant de la chronique que de la contre-enquête, il met à jour, dans l'histoire de ce magistrat novice confronté à une profession sinistrée, une dure réalité qui fait pièce à nombre d'idées reçues sur la justice. Dans ce qui s’apparente autant à un reportage anxieux qu'à une enquête existentielle et glacée, on reste comme fasciné par une sorte d'humanité au bord du gouffre qui n'est pas sans rappeler celle du Michel Houellebecq d'Extension du Domaine de la Lutte.

C'est précisément vers ce type de littérature, où Schopenhauer et Kafka tendent la main à Le Clézio et à Régis Jauffret, qu'Antoine Brea, juriste lui-même, prétend à travers un travail exploratoire et exigeant comme l'est la maison d'édition québécoise qui le publie. Héritier d'une longue lignée d'écrivains nihilistes et vibrants, Brea, dans une écriture à la précision chirurgicale, fait, par des phrases océaniques et surdimensionnées, fi de la ponctuation comme des considérations stylistiques convenues.

Il n'en reste pas moins que L'Instruction, fort d'une colonne vertébrale robuste, d'une ambiance épaisse et captivante comme d'un récit bouleversant, apparaît dans ces périodes de doutes sur la littérature comme un message puissant adressé aux conventions. C'est aussi un des textes les plus prometteurs passés récemment entre nos mains.

Cedric BRU