Cinq chapitres donc rythment ici un texte tourné vers la douleur et l'oubli. Chapitres aux prénoms porteurs d'anecdotes troubles, prophétiques et terribles qui pourtant voudraient qu'on les prennent comme des messages de salut quand tout semble jouer de la pire des façons. Alors, qu'y trouve t-on dans ces enfers pavés de mauvaises intentions : un adolescent fuit la violence de son père, un jeune couple s'enferme dans la drogue et tombe sous la coupe d'un dealer, un fils devient alcoolique à l'image de son père honni, une jeune femme s'enfonce dans la misère et la prostitution, un homme prisonnier d'une vie simple découvre l'image du mal.

La première chose qui frappe l'esprit à la lecture de ces contes invivables, c'est le style : classique et caressant au service de récits bouleversants de cruauté. Comme un baume appliqué sur une plaie ouverte. Un style au service d'une narration d'un autre temps. Balzac revu par Virginies Despentes, Zola amendé par Claire Castillon. Un style enfin, à la poésie traînante qui renferme des trésors d'humanité et joue de la poésie comme d'une ultime protection.

Rarement texte aura à sa lecture généré autant d'émotion. Sans jamais tomber dans la facilité, ni céder à la violence gratuite, Érostrate for Ever rappelle un des fondamentaux de la littérature : la force des mots autorise tous les rachats.

Cedric BRU