Certains cœurs lâchent pour trois fois rien se situe entre Face aux Ténèbres de William Styron et Tomber sept fois se relever huit de Philippe Labro. Mais davantage qu'un récit sur la dépression, c'est une réflexion autobiographique sur la différence et l'altérité. C'est aussi un règlement de compte tardif et bouleversant avec un père longtemps honni dont la figure tutélaire et violente a abondamment tourmenté l'auteur. Ce même paternel qui instilla chez Gilles le venin profond du doute et de la mésestime de soi.

Tout au long de ces pages impudiques souvent, vibrantes de sincérité toujours, l'auteur revient sur un parcours où la dépression rythment les saisons. C'est aussi l'occasion pour lui de décrire une vie homosexuelle chaotique jusqu'à la rencontre, il y plus de vingt ans, de Laurent, son compagnon d'aujourd'hui. Gilles Paris fait aussi œuvre de salut pour ses contemporains quand il raconte comment le sport, nécessaire, la musique, indispensable, et le travail, capital, lui ont été si précieux pour tenir à distance le « soleil noir de la mélancolie »

Remarquablement écrit, ce témoignage émouvant aurait aussi pu s'intituler Certains cœurs lâchent pour moins que ça tant Gilles Paris a su affronter ses huit cataclysmes intimes avec un merveilleux courage. Mais aussi avec un incontestable panache.

Cedric BRU