Il n'est pas inutile de préciser qu'à la différence du texte d'Errol Flynn, réel morceau de littérature, le journal de Burton n'avait pas vocation à être lu et ne s'impose donc pas par l’extrême qualité de son écriture. Notes prises sur le vif, leur intérêt, dès lors, consiste davantage en un témoignage éclairant sur la période allant de 1965 à 1971 – ses meilleures années à l'écran sont bientôt derrière lui – et la manière dont vivait le couple hollywoodien le plus en vue de l’époque, que jet set et grands de ce monde s'arrachaient.

Mariés depuis 1963, Burton et Taylor courent le monde, à la faveur des tournages et au gré de leurs humeurs comme de leurs nombreuses résidences, et sont encore loin de se lasser l'un de l'autre. Pour preuve, les nombreux passages énamourés et sincères de Richard sur Elizabeth. L'acteur confie aussi à son journal, régulièrement interrompu, ses sentiments vis à vis du cinéma, de ses confrères et de leur entourage, ainsi que des metteurs en scène et des producteurs auxquels ils ont affaire.

En dehors de son attirance, jamais démentie malgré les disputes, pour sa femme dont l'ombre plane en permanence sur ces lignes, on perçoit chez Burton, un homme faisant preuve de recul sur son métier d'acteur et le statut de star. On découvre également un boulimique de lecture, se tenant au courant de l'actualité de son temps et, moins connu tant le terme de dilettante lui fut souvent accolé, un travailleur infatigable toujours levé aux aurores.

Au chapitre des ombres, cet attachant Journal Intime révèle plusieurs obsessions révélatrices d'un caractère dominé par le sentiment d'insécurité. Quand il n'est pas préoccupé par son poids ou sa consommation d'alcool qu'il détaille en longueur, tout comme celle de son épouse, c'est l'argent qui hante les pensées de Richard Burton. Il compte les millions comme d'autres les moutons, et chaque contrat signé lui donne l'occasion de savants calculs pour éviter à jamais l'indigence.

Cedric BRU
Traduit de l'anglais par Alexis Vincent & Mirabelle Ordinaire