Simon, traducteur et écrivain à ses heures, passé à côté d'une œuvre (sûrement) par manque de constance et d'énergie, s'est spécialisé dans l'art de la citation. Véritable archives vivantes, il a mis son talent au service d'un jeune frère, Rainer dit Grand Bros devenu (étonnement) soudainement, après des débuts modestes, un écrivain mondialement célèbre à la faveur d'une trilogie de romans rapides, tous écrits à New York, où il vit reclus et anonyme à la manière d'un Salinger ou d'un Pynchon.

Rainer rétribue Simon depuis vint ans, sans jamais l'avoir revu, pour ce renfort littéraire dont Perec, s'inspirant d'Aragon, écrivait que : « L'introduction de la pensée d'un autre, d'une pensée déjà formulée dans ce que j'écris, prend ici, non plus valeur de reflet mais d'acte conscient, de démarche décidée, pour aller au-delà de ce point dont je pars, qui était le point d'arrivée d'un autre. » De ce fait, Simon en est venu à l'idée que ce frère distant et arrogant (il ne se manifeste que par mail et en le vouvoyant !) lui doit beaucoup, et que son œuvre sans ses références ne serait pas la même. C'est à ce stade de réflexion que Grand Bros, prêt à sortir de sa retraite, lui donne rendez-vous à Barcelone, en plein bouleversement indépendantiste. Que sortira t-il de ce mystérieux entretien ?

Dans ce roman labyrinthique où sont convoqués Kafka, Bolano, Joyce, Flaubert et beaucoup d'autres, Vila-Matas questionne le cœur même de la littérature. Territoire du faux-semblant comme de la plus extrême vérité, création totale dispensée de l'aide de Dieu comme pire chemin de croix de l'imagination, elle est ici non seulement à l'honneur, mais érigée comme la plus belle des possibilités.

Cedric BRU
Traduit de l'espagnol par André Gabastou