Hanfstaengl, esprit éclairé, moitié américain et ancien d'Harvard, s'attacha très tôt à Hitler, et fut un des rares à le soutenir et lui porter assistance après le Putsch de la Brasserie en 1923 ou à sa sortie de la prison de Lansberg un an plus tard. Quand Hitler était encore un aventurier à l'avenir incertain mais à la conviction sans faille, Ernst Hanfstaengl fut là, convaincu qu'il devait tailler ce diamant brut pour en faire un homme d'état d'exception.

Pourtant, ce géant de près de 2 mètres, à l'immense culture et à l'humour apprécié de tous, tarda à prendre sa carte du parti nazi où il refusait de côtoyer des hommes tels que Alfred Rosenberg ou Joseph Goebbels dont il abhorrait les comportements et les principes. Chargé par Hitler de la presse internationale, il s’évertua à tenter un impossible rapprochement entre l'Allemagne et les États-Unis. Chimère qui aurait comblé ses aspirations personnelles.

D'année en année, le Führer s'éloigna de lui, le cantonnant à un rôle mineur quand ses ennemis prenaient de la dimension et le diminuait aux yeux d'Hitler. Multipliant les bévues pour attirer à lui les grâces de son idole, Hanfstaengl s'enferma dans un dépit amoureux servile et ridicule. Se sentant disgracié et menacé, à l'aube des pires crimes, il fuira l'Allemagne en 1937, s'attachant dès lors, à nier, contre bien des évidences, toute implication dans le régime nazi.

Avec Putzi, d'une aventure pitoyable mais éclairante, Thomas Snégaroff, historien et biographe reconnu, tire un roman passionnant, au style élégant et nerveux, qui jette un regard différent sur une période de l'histoire où le monde s’apprêter à basculer dans l'horreur et qu'aucun destin subalterne n'aurait pu freiner.

Cedric BRU