Bernie Gunther a la vingtaine quant il rejoint l'illustre Kripo, la brigade criminelle berlinoise. Précédé d'une réputation flatteuse acquise aux Mœurs, le jeune inspecteur va se voir chargé par ses supérieurs d'une enquête retentissante sur des meurtres commis par le tristement célèbre Winnetou (du nom du héros des westerns de Karl May), qui tue et scalpe les prostituées de la capitale allemande, nombreuses en ces temps de crise économique. Sacré baptême du feu pour Bernie qui va, en plus, devoir bientôt se confronter à un tueur de vétérans de la Grande Guerre, infirmes et reconvertis bien malgré eux en mendiants pathétiques.

C'est l'occasion pour l'auteur écossais de nous immerger dans le Berlin de la République de Weimar qui n'usurpait pas son surnom de « bordel de l'Europe » Boites de nuits interlopes, femmes faciles et brasseries bondées constituaient la toile de fond d'une ville qui vivait ses dernières années de liberté avant l'instauration d'un régime criminel et assoiffé d'ordre.

On fait aussi et surtout la connaissance d'un Bernie Gunther déjà retors et sarcastique (« Mon cerveau était comme un demi-citron dans le poing d'un barman. »), éternel amoureux, qui n'hésite pas à s'encanailler pour parvenir à ses fins. Et comme toujours chez Philip Kerr la grande histoire s'invite dans le romanesque où l'on croise nombre de figure d'époques qui donnent au récit une crédibilité et un art qui laissent à jamais des millions de lecteurs orphelins.

Abschied Bernie !

Cedric BRU
Traduit de l'anglais par Jean Esch