Précisément, L'Année du Singe marque une nouvelle étape dans le corpus littéraire de l'auteure américaine. Carnet de route et de rêve de l'année 2016, il rompt avec la forme de ses précédents opus tels que M Train ou Devotion, qui constituaient une somme de miettes littéraires, pour revenir au récit qui a fait le succès de Just Kids en 2010.

Fidèle à ses influences de toujours (Rimbaud, Kerouac, Ginsberg, Bolano...), Patti Smith passe d'un souvenir à un autre au gré de ses escales et tisse une toile toute de délicatesse quand elle évoque ses chers disparus. Ainsi, elle convoque Sandy Pearlman, l'emblématique producteur du Blue Öyster Cult, ou encore le dramaturge et comédien Sam Shepard, son boy friend des années 80, devenu au fil des ans le compagnon d'écriture. L'un comme l'autre, en 2016, amorçaient leurs départs et se battaient avec la maladie, privant bientôt Patti de leurs présences essentielles.

Au fil d'un itinéraire hanté allant du Portugal au Kentucky, de conférences où sa parole est précieuse comme un livre saint, aux rêveries fracassées qui la conduisent parfois jusqu'aux rives de la déraison, la poétesse, telle une pythie, puise dans les œuvres d'art et chez ses auteurs fétiches une mystérieuse énergie qui fait toute sa singularité.

L'Année du Singe, pourtant conçu comme un journal de voyage, n'emprunte que peu aux règles habituelles. Diariste d'un nouveau genre, Patti Smith, à la manière d'un tableau de Jackson Pollock, ennuage son propos et tord une réalité qui souvent lui pèse pour revenir à ses uniques obsessions : l'amour des livres et les fantômes de sa jeunesse.

Cedric BRU
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Nicolas Richard