Jean-Pierre Montal, éditeur et romancier, fidèle à sa manière de raconter une époque par le prisme d'un événement crucial ou d'un personnage emblématique, revient sur le drame du 5-7 et brosse une chronique douce amère des années 60. A travers le portrait de Michel Mancielli, jeune musicien qui aurait du faire partie des Storms, le groupe qui jouait ce soir là, l'auteur ausculte une décennie où le rock, l'utopie révolutionnaire, la libération des mœurs et l'invention de la jeunesse régnaient en maître.

La tragédie du 5-7 eut également pour effet de mettre à jour de terribles défaillances techniques (matériaux hautement inflammables, négligences des contrôles de sécurité, issues de secours bloquées...). Elle connut aussi un retentissement politique quand on soupçonna des complicités douteuses, comme celle du SAC qui aurait pris pour cible les boites de nuit, temples de la débauche et du laisser-aller. Ainsi, la catastrophe du 5-7, l'espace de quelques temps, cristallisa l'air de révolte qui soufflait sur l'époque.

Servi par une superbe langue, La Nuit du 5-7 possède toutes les qualités des bons romans d'apprentissage. L’itinéraire de Michel épouse avec bonheur et justesse tous les totems de Mai 68. Nous regrettons juste que la part faite au terrible incendie soit un peu maigre. Mais peut-être qu'une telle description aurait ranimé des plaies à jamais ouvertes dans ce coin de France.

Cedric BRU