Les fictions liées au sport sont rarement réussies. En appelant aux glorieux souvenirs ou à l'actualité brûlante, elles ne s’accommodent guère de la dynamique romanesque et tombent souvent à plat. Florent Dabadie (le fils de Jean-Loup...) l'a bien compris et a su mêler habilement documentation fournie et intrigue palpitante. Au travers du portrait de Masha, jeune joueuse de tennis qui se bat pour intégrer le Top 100 de sa discipline et de Fred journaliste à L’Équipe, enquêtant sur les pratiques médicales douteuses, on plonge dans le monde parallèle de ce que nous qualifierons de performance augmentée.

Le constat est cruel : quand on sait que la moitié des jeunes espoirs n'atteignent jamais une place dans ce précieux classement et qu'y parvenir ne garantit en rien la possibilité de s'y maintenir, on comprend vite la tentation de la tricherie à laquelle tant succombent.

Ainsi Masha, dont la mère entraîneuse est une ancienne championne de l'ex URSS qui a du subir elle aussi ces accélérateurs de performance, va tomber dans le fatal engrenage du dopage qui la conduira en finale du tournoi parisien au prix de transformations douteuses.

Dans A Revers, Florent Dabadie montre bien que les médecins d'aujourd'hui, comme le Dr Mugler du livre (qui rappelle les Ferrari ou Conconi de sinistre mémoire dans le cyclisme - le Dr Sabino Padillo qui a longtemps veillé sur les résultats de Miguel Indurain est pour sa part néanmoins cité), tournent autour de la légalité en mettant au point des protocoles qui jouent avec le droit par des systèmes thérapeutiques complexes et coûtant des fortunes, faisant de ces docteurs Mabuse des milliardaires en blouse blanche.

Masha finira par refuser toute assistance médicale et inévitablement retomber dans le ventre mou du classement mondial. Déclassée mais propre.

Après ce premier roman particulièrement réussi, gageons qu'à l'avenir nous ne regarderons plus le tennis de la même manière.

Cedric BRU