Balayant l'ensemble de sa vie d'adulte, ses mémoires, intitulées My Wicked, Wicked Ways, ne ressemblent en rien au vulgaire carnet de bord d'une vedette insouciante dicté à un factotum entre deux tournages ennuyeux. Sa composition (cinq parties chronologiques et une sixième baptisée « ? ») fait déjà œuvre littéraire par sa composition et sa structure dramatique et atteste, sinon d'un projet littéraire longuement mûri, du moins d'une conscience artistique aiguë comme un Hemingway pouvait la concevoir.

De l'écrivain baroudeur Errol Flynn avait précisément la fibre aventurière et le goût pour les plaisirs excessifs. Sa carrière scellée sur des malentendus et bâtie sur nombre de contre-emplois n'aura souvent servi qu'à favoriser son attrait pour le risque et son penchant pour la paresse. Devenue dans les années 30/40 la plus grande star du monde, le natif de Tasmanie (qu'Hollywood s’entêtait a faire passer pour irlandais...) n'aspirait vraiment qu'à boire beaucoup et à naviguer le plus souvent possible.

C'est son goût immodéré pour les femmes qui causera sa perte. Accusé - #Metoo avant la lettre - de viols et harcèlements sur mineurs, l'inoubliable interprète des Aventures de Robin des Bois et de Gentleman Jim dépensera des fortunes pour laver un honneur qui n'en demandait pas tant et redorer un blason qu'il avait été assez grand pour ternir.

Celui qui avouait que sa plus grande crainte était la médiocrité et son plus grand stimulant le défi, laissa une image toute de paradoxe où ses défis de cinéma ne purent faire oublier la médiocrité d'une vie abandonnée à la nonchalance.

Cedric BRU
Traduit de l'américain par France-Marie Watkins et Solange Metzger