S'acquittant sans barguigner de la dette à ses glorieux aînés de la presse rock (principal sujet d'intervention du titre), Gonzaï est constitué d'une belle bande de chroniqueurs casse-cous (dont certains viennent des magazines précités) ferraillant sous la houlette de Bester Langs (trouvez l'anagramme), le rédacteur en chef exigeant et polymorphe.

Le site est riche et foisonnant. Truffé d'interviews et d'articles essentiels, il propose, en plus d'un catalogue éditorial irréprochable, un choix de vinyles aux couleurs du label maison ainsi que l'entrée à des soirées et des concerts qui font le buzz du moment.

Car Gonzaï sous ses allures foutraques et déjantées reste un média particulièrement pointu épousant tous les bruissements créatifs de son temps. Certes, ceux qui ont décroché de la pop culture de ces dix dernières années seront un peu largués sauf à vouloir rattraper le temps perdu et se raccrocher aux wagons d'un siècle palpitant.

Les amoureux du papier ne sont pas oubliés. L'abonnement prévoit quatre numéros par an consacrés à un thème (cyber punk, kraut rock, les années 2010...) voire à un pays (Belgique, Australie...) Numéros spéciaux que l'on peut également retrouvés en kiosque depuis 2016. Le travail fourni sur près de 150 pages est impressionnant et les articles - en ne cédant jamais à la facilité - sont une mine d'informations pour le lecteur qu'on ne trouve décidément nulle part ailleurs.

Tout serait donc parfait dans le meilleur des mondes (celui de Lindsay Anderson par exemple...) si n'était le problème récurrent du manque de moyens. Dans chacun de ses éditos, Bester alerte sur la position d'équilibriste de son journal et sur la triste possibilité d'une clé mise sous la porte qui signerait la fin d'un beau rêve et d'un titre précieux et atypique.

Espérons que ces lignes éloigneront cette sinistre échéance.

Cedric BRU