Le livre emprunte autant à une sombre mythologie post soviétique proche de l'univers d'un Vladimir Sorokine ou d'un Maurice G. Dantec qu'aux univers post apocalyptiques de Enki Bilal ou de Jacques Lob. Un monde métallique et fracassé proche des prédictions d'un J. G.Ballard.

Ici, aux confins de l'Ukraine, la pollution et le malheur règnent en maître plombant l'atmosphère irrespirable de ces chroniques. Dans une chronologie désordonnée, on côtoie, sous la surveillance permanente de drones envahissants et répressifs, activistes de tous bords, maniaques sexuels, gourous survitaminés et tueurs fous. Tous ont en commun une amoralité sans limite zébrée d'une cruauté sans borne. A Mertvecgorod plus qu'ailleurs, il y a les dominants et les dominés. Les maîtres et les exclus. Aucun ascenseur social ne pointe à l'horizon. Fatalisme typiquement slave qui désigne les bourreaux comme les victimes.

Chacune des chroniques de Mertvecgorod porte en elle une morale sombre et désespérée qui fait écho au décor gris et bombardé de cette ville-monstre. Ces contes cruels saturés d'inhumanité sont, dès lors, le prétexte pour Christophe Siébert de déployer la large palette de ses talents narratifs. Habitué de la transgression, il verse avec délectation - mais sans facilités inutiles - dans la violence et le sexe, le désespoir et l'infamie.

Nourri de références incontournables, Siébert domine d'une plume nerveuse et audacieuse une création crépusculaire et prophétique où la nature humaine révèle ses pires excès comme elle avoue ses plus grands crimes.

Cedric BRU