Dans un monde mis à genou, à jamais balafré, aux fondements bombardés, les rescapés des guerres noires réinstaurent un semblant de vie au milieu du chaos.

Kree Toronto fait partie de ces guerrières solitaires, graines de tueuses, qui arpentent un monde en ruines, incapable de se relever, sans saison, privé de l'essentiel (savoir-faire, électricité, armes à feu...) jusqu'à la langue approximative, réduite au minimum, dépouillée de grammaire et d'adjectifs comme celle des enfants.

Depuis longtemps les derniers humains capables de réflexions fondées sur le savoir ont laissé place à des malandrins juste animés par un sentiment de survie basé sur « la débrouille, la supériorité physique et la peur de l'autre »

C'est par ces moyens primaires associés à de lointaines résurgences communistes que les mendiants terribles ont assis leur pouvoir sur une population démolie, ramenée aux heures les plus sombres des temps anciens et dont les seuls espoirs se fondent désormais sur la mémoire de vagues souvenirs d'éclaircies d'avant les catastrophes. Reliquats de tribus souvent nomades vivant dans une ère où le plaisir est quasi absent et où la méfiance est une règle d'or pour sauver sa peau.

Draeger/Volodine compose avec Kree un évangile post apocalyptique aussi étonnant que radical. Même s'il peut laisser nombre de lecteurs sur le bord de la route, il réussit pourtant la prouesse d'organiser une ineffable retraite de l'esprit. De rendre compte d'un anti-monde aussi poétique que meurtrier. D'imaginer une fin des temps sans reconstruction possible.

En somme, Mad Max traversé par Baudelaire.
Cedric BRU