Pourtant, après six ans d'interruption, elle revient avec La Ville des Morts qui impose une héroïne – bientôt récurrente – nommé Claire DeWitt et qui ne ressemble vraiment à personne.

Du Sang sur l'Asphalte est donc le troisième opus, après La Ville des Brumes, de la série de celle qui s’auto-désigne « meilleure détective du monde » Trois récits distincts le composent. Chacun se déroulant à quinze ans d'intervalle et qui pourtant se rejoindront. Trois moments cruciaux dans la vie de Claire DeWitt et dans son évolution de jeune détective surdouée. Élève de Jacques Silette (ne cherchez pas sa bio sur Wikipedia, il n'existe pas !) et inspirée par son manifeste Détection, Claire a su très tôt, avec sa meilleure amie prématurément disparue, qu'elle voulait devenir détective et les théories du maître français guident ses pas comme sa conduite.

Davantage que le détail de ces trois climax qui n'a pas forcément vocation à être dévoilé, c'est la rencontre d'un style et d'un univers mental auquel Du Sang sur l'Asphalte nous convie. Puissance narrative, violence des mots, brutalité des situations, mais aussi poésie des évocations et morales philosophiques constituent un ensemble majestueux et baroque.

Telle une Harry Dickson ou une Charlie Chan des temps modernes (on savourera les noms échevelés et imagés donnés à chacune de ses enquêtes comme L'Affaire du Coquillage volé ou celle du Couteau dans le cœur...), Claire DeWitt, névrosée, droguée et solitaire, mais "qui gagne toujours à la fin", s'impose comme un personnage totalement atypique, inoubliable et frémissant.

Cedric BRU
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Claire Breton