L'argument est shakespearien : deux jeunes bourgeois, l'un Emilio, casse-cou et séducteur, l'autre, Antonio plus cérébral et complexé, fréquentent une fille des rues, dangereuse et solaire, Rosario surnommée "la fille aux ciseaux" en référence aux lames qu'elle empruntait à sa mère couturière. Emilio est son amant, Antonio son amoureux transi déguisé en ami fidèle. L'un comme l'autre verront leurs vies bouleversées par cette femme dont Antonio dira qu'elle est « un coup de revolver »...

Dès lors, les deux garçons, aimantés par cette fille bouleversante et toxique, vont tutoyer le gouffre et s’abîmer dans un océan de drogue, de mauvaises fréquentations et de sombres frustrations. Emilio sera remis in extremis dans le bon chemin par sa famille autant aisée qu'inquiète. Antonio, quant à lui, n'oubliera jamais cette créature de rêve - mais surtout de cauchemar - dont il n’approchera le giron que lors d'une courte nuit où Rosario baissera la garde pour vite la remonter laissant son éphémère amant dérouté et encore plus malheureux.

Plongée dans le domaine des affres amoureux et des fascinations troubles, La Fille aux Ciseaux est un roman universel et intemporel où Medellin pourrait s'appeler Paris, Milan ou New York, et Rosario aussi bien Carmen, Gilda que Catherine Tramell. En réinvestissant avec force le concept judéo-chrétien de la femme fatale, Jorge Franco signait là une œuvre marquante et passionnée. Inutile de préciser que tout ça finit très mal.

Cedric BRU
Traduit de l'espagnol (Colombie) par René Solis