Simon Giannini, vingt ans, fils d'un acteur célèbre (de ceux dont Eudeline a connu les rejetons au très sélect Collège Stanislas. Comme celui de Philippe Nicaud, star oublié des années 60, par exemple) est immergé dans le petit monde punk de la capitale. Amoureux de la belle et mystérieuse Anoushka, Simon, parti à sa recherche, se plie à l'implacable chorégraphie du junkie faite de petite délinquance, d'une course incessante aux bons plans, d'une connaissance aiguë de la pharmacopée et d'une méfiance absolue à l'égard de ses compagnons de seringues jamais à court de « coup de vice » quand il s'agit d'histoires de came.

Dès lors, on suit le jeune garçon éperdu dans un Paris en pleine transformation et qui annonce les grands travaux et les bouleversements mitterandiens (Opéra Bastille, ceinture verte, rénovation Guilleminot-Pernety...) D'un spot à l'autre, de la rue de l'Ouest à Belleville en passant par Pigalle et l’îlot Chalon, Simon, à la manière d'un Modiano sauvage, parcourt un Paris hanté, replié sur lui-même, et atterri dans de vagues « parties » où l'on croise la bande du Palace (Yves Adrien, Pacadis, Serge Kruger...), Polanski ou... Eudeline. Tous à la recherche de cette héroïne noire désignée alors sous le nom de brown sugar. Simon, drogué constant mais récupérable, devra pourtant, dans sa quête amoureuse, se coltiner avec la mort (belle jeunesse fauchée par les multiples overdoses), la justice (gardes à vue et incarcérations à la Mondaine au 36 quai des Orfèvres) et les humiliations de toute sorte.

Sans égaler la puissance narrative de son premier opus Ce siècle Aura ta Peau ou de son éclatant Rue des Martyrs, Patrick Eudeline signe néanmoins avec Anoushka 79 une sorte de roman testament essentiel pour qui se rappelle où voudrait connaître ces années blanches où le ciel était bas et l'horizon balafré. Anti biographie romantique, Anoushka 79 convoque une époque définitivement perdue qu'Eudeline sait documenter comme bien peu aujourd'hui.

Il déroule aussi le fil des légendes urbaines et des sensations fortes dont sa génération avait seule la recette et dont elle conservera à jamais le secret.
Cedric BRU