L'auteur n'a pas cédé à la tentation de l'interview toute faite aux questions répétitives. Hormis quelques rares récurrences inévitables (présentation, anecdote marquante, bilan...), il a su adapter ses questions non seulement, au journaliste interrogé (c'est bien le moins), mais surtout à la place qu'il occupe dans cette longue chaîne qui va de Philippe Manoeuvre, Michka Assayas et JD Beauvallet pour les plus anciens à Lelo Jimmy Batista, Basile Farkas, Bester ou Sophie Rosemont pour la génération montante.
Il est d'ailleurs assez symptomatique de constater, et ceci tout age confondu, qu'aucun d'entre eux ne révélera son age comme si l’éternelle jeunesse devait présider au CV d'un rock critic digne de ce nom.

Éclectique et complet, même si l'on recense que trois femmes au sommaire (le rock musique d'hommes ?), Potiron invite à son micro les pensionnaires des titres et des sites qui font aujourd'hui la critique rock française. Des historiques Rock & Folk, Inrocks ou Libération jusqu'aux plus récents Magic, Freelance ou Vox Pop en passant par Technikart et Rolling Stone, chacun de ces supports témoignent d'une belle volonté à promouvoir une musique pourtant devenue d'année en année un produit de niche à la popularité en berne en dépit d’éphémères renaissances.

Au fil des interviews allant jusqu'à plus de vingt pages (!), on remarque que, pour les plus jeunes en tout cas, c'est par les cases fanzines, webzines ou radios spécialisées qu'ils sont souvent passés pour réaliser ce qui était pour beaucoup un rêve à peine formulé tant il est si difficile de vivre aujourd'hui de piges à la rémunération famélique.

Reste de ces entretiens, aussi attrayants soient-ils, une sourde impression de fin de vie d'un genre autrefois si palpitant et nerveux. C'est d'ailleurs chez le pape de la profession, le toujours sémillant Philippe Manœuvre, que l'on retrouve le plus bel enthousiasme au service d'innombrables confessions toujours plus passionnantes.

A croire qu'à défaut de la profession, toujours vaillante malgré tout, il a emporté le feu de la passion avec lui.
Cedric BRU