Nous sommes en 1957 et Bernie, par mesure de prudence considérant son passé mouvementé, s'appelle désormais Christof Ganz et travaille à la morgue de Munich. Bien décidé à mener une vie tranquille loin des fracas que sa carrière de flic et de collaborateur involontaire d'Heydrich ou de Goebbels lui a souvent occasionné, il pense s'acheminer vers une retraite autant confidentielle que méritée.

Pourtant, une vielle connaissance du temps de sa splendeur à la Kripo de Berlin lui procure un nouveau job, plus attractif, dans une importante compagnie d'assurance pour laquelle il devient enquêteur. C'est dans le cadre de cette activité parfaitement dans ses cordes au vu de son passé de flic que Bernie va être derechef envoyé en Grèce suite à un sinistre maritime sur lequel il doit statuer avant de régler l'indemnité.

Ce qui ne devait être alors qu'une agréable parenthèse ensoleillée va pourtant vite se transformer pour Gunther en une plongée mortifère dans un des épisodes méconnus de l'histoire de la Seconde Guerre Mondiale. Soit le sort fatal réservé aux dix milles Juifs de Salonique orchestré par Alois Brunner, ordonnateur de sinistre mémoire de la rafle de Drancy, et dernier des monstres nazis étudié par Philip Kerr.

Dans L'Offrande Grecque, comme à son habitude, l’Écossais mêle avec bonheur enquête policière et faits historiques au cours desquels son épatant héros, armé de son flair pénétrant et de son humour tranchant, fait une fois de plus merveille. L'auteur profite également, en moraliste exercé, pour distiller jugements et commentaires perçants sur l'époque comme sur les caractères des peuples qu'il dépeint.

On sourira aussi de voir Bernie Gunther, comme s'il avait pressenti la mort de son créateur, connaître un dernier amour quand il s'imaginait, dans ce domaine, définitivement rangé des voitures.
Cedric BRU
Traduit de l'anglais par Jean Esch