Usant du flash-back avec beaucoup de délicatesse, Koechlin a choisi ce soir de 1978 lors duquel Grace Slick, vocaliste du désormais nommé Jefferson Starship, sera rattrapée par ses démons en ruinant une tournée allemande qu'elle ne pourra pratiquement pas honorer. Offrant, plus de 10 ans après l'illusion flower power, un visage déformé d'addiction et de désolation.

En racontant l'Airplane (1965-1973), éternel rival du Grateful Dead et créateur du très politique Volunteers, qui deviendra tardivement le Starship (1974-1984), l'auteur décrit une époque où le monde comme la musique changèrent. Où fut inventé le concept de rock star et initiée la consommation systématique de drogues dures et d'alcools forts.

Prenant Grace Slick comme héroïne, Stéphane Koechlin rend hommage à une chanteuse solaire à la beauté brune et à la voix cristalline dont le tort (elle a aujourd'hui 80 ans) fut peut-être de ne pas rejoindre dans la mort son amie Janis Joplin. On découvre dans ce ce livre passionnant et parfaitement documenté (reposant beaucoup sur les mémoires de l'artiste) une femme sensible, aux sentiments exacerbés et aux talents multiples qu'une accoutumance chronique à l'alcool précipita trop souvent au bord du gouffre.

Dans Le Dernier Eté de Grace Slick, c'est aussi la place d'une chanteuse dans un groupe de rock avec les ambiguïtés et les tentations sentimentales que cela implique, et plus généralement celle d'une femme dans un monde d'hommes qui est évoquée en sous-texte. En effet, tenir le devant de la scène dans ces années pourtant marquées du sceau de la liberté n'était pas chose facile quand il fallait affronter le sexisme des musiciens et des producteurs et les « A poil ! » d'un public bas du front.

A tout cela, Grace Slick, imposant le respect, sut toujours opposer une humeur volontaire et un talent constamment habité.
Cedric BRU