L'épatant schéma narratif du roman, constitué de deux intrigues parallèles qui se rejoignent pour donner vie à une histoire délicate, sensible et parfaitement originale, rapproche Feel Good d'une fable moderne aux captivants ressorts. Un soin tout particulier est apporté aux deux protagonistes, Alice et Tom, qui rappellent dans leur humanité la grâce des personnages de Boris Vian ou plus récemment ceux de Serge Joncour ou David Foenkinos. Leurs parcours sur le fil les rend plus touchants encore en attirant vers eux une irrésistible sympathie.

Chronique contemporaine à l'humour décapant autant que réflexion profonde sur l'altérité, Feel Good est aussi une plongée sans concessions dans le monde de l'édition. L'auteur dissèque avec justesse et malice les mécanismes commerciaux d'un marché au bord de l'asphyxie courant sans cesse après les best sellers. Il analyse avec la précision d'un entomologiste les recettes désormais employées pour séduire les lecteurs. Ceux-ci, parfaitement ciblés, correspondent dès lors à certains critères : « Le lecteur type de son feel good book avait un certain pouvoir d'achat, il voyageait souvent, il lisait rarement, un ou deux livres par an, surtout quand les batteries de l'iPad étaient vides. Un lecteur de plage, un lecteur de sieste, entre le déjeuner et l'apéro. »

Peu importe, sauvée par l'écriture, Alice aidée de Tom, va trouver sa rédemption autant que son public. Son livre, certes feel good, n'en oubliera pas d'être une formidable histoire nimbée de fulgurances inquiètes qui font les grands romans. Au final, c'est quand même ça qui compte !
Cedric BRU