Auréolé de débuts prometteurs en littérature – il a déjà publié plusieurs nouvelles remarquées – le natif du Minnesota, enfant de la classe moyenne, est ébloui par cette pétulante jeune sudiste issu d'une famille aisée qui fait tourner les têtes dans les soirées huppées de Montgomery. Zelda n'est pas qu'une simple jolie jeune fille et un bon parti. C'est aussi une boule de grâce et d'énergie pétrie de talent. Elle danse, écrit et maîtrise parfaitement l'art de la conversation.

Réunis autant par l'attirance physique que par leurs talents mutuels, ces deux histrions ne se quitteront plus et prononceront leur mariage deux ans plus tard, scellant une sorte de pacte faustien où la jeunesse éternelle, la fête permanente et le tourbillon amoureux auront la part belle. Scott qui envisage de devenir « l'un des plus grands écrivains de tous les temps » contracte de mauvais habitudes (piètres études à Princeton, goût prononcé pour la boisson, paresse chronique...) qui freinent sa réussite littéraire, connaîtra néanmoins avec Loin du Paradis, son premier roman teinté de réalisme froid et baigné d'accords de jazz, une gloire instantanée qui le placera en tête d'une nouvelle génération que l'on qualifiera bientôt de "perdue".

Dès lors, habités par les mêmes démons, les époux Fitzgerald désolement flanqués de Scottie leur petite fille vont brûler leur jeunesse en beuveries éperdues et comportements borderline. Pour payer ses dettes endémiques Scott devra, entre deux romans culte (il n'y en aura que cinq dont un inachevé) écrire nombre de nouvelles pas toujours dignes d’intérêt pour autant de magazines tandis que Zelda poursuivra des chimères, comme celle de devenir sur le tard une danseuse étoile.

Détruit par l'alcool et la tuberculose, Scott décédera d'un crise cardiaque à l'âge de quarante quatre ans quand Zelda, démente, périra dans un incendie huit ans plus tard. Stéphane Maltère, déjà remarqué pour sa passionnante biographie de Georges Orwell, publiée dans la même collection, retrace avec précision et sensibilité ces deux parcours hantés. Il met surtout à jour la seule question qui vaille quand on parle de l'auteur de Gatsby le Magnifique et de sa flamboyante épouse : n'aurait-il pas mieux valu que ces deux là ne se connussent jamais ?
Cedric BRU