Vies au service des artistes clôturées par la création de la fondation Marght de Saint-Paul-de-Vence qui signait la fin d'un itinéraire hors normes auquel rien ne les prédestinait, eux qui débutèrent par une bien modeste galerie cannoise.

C'est cette saga artistique et humaine qu'Adrien, leur fils et prolongateur de leur œuvre, retrace à travers ce livre essentiel. Adrien Maeght tombe dans le chaudron de l'art dès sa prime jeunesse et côtoie les Bonnard et les Matisse comme d'autres visitent oncles attentionnés ou grands parents gâteaux. Sa vie durant, il ne cessera de nouer des relations intimes avec la fine fleur de la peinture de l'époque. Ce sera la fréquentation intime, outre ces deux géants, de Georges Braque, Miro, Calder, Chagall et bien d'autres qui jalonneront son parcours passionné et atypique.

On sait combien il est difficile de se faire un prénom dans l'ombre de parents célèbres. Adrien, parfait autodidacte, dut composer avec un père, certes exceptionnel - toujours occupé par une idée ou un projet d'avance – mais difficile à vivre et aux abords âpres d'un deus ex machina que rien ni personne, exceptée sa femme, ne pouvait contredire. Même s'il dû souvent ravaler son orgueil, Adrien ne put toutefois empêcher brouilles et incompréhensions. Car Dans la Lumière des Peintres est autant l'histoire mouvementée d'une famille que celle d'une époque artistique glorieuse à jamais révolue. On rentre dans l'intimité des grands maîtres : Matisse et sa virtuosité, Bonnard et son insatisfaction, Picasso et son ambition autant que dans celle de ses proches : déboires et rivalités quand il s'agira de déterminer les héritages et l’avenir de la célèbre fondation.

Adrien Maeght, un temps collectionneur de voitures anciennes ou propriétaire d'un magasin... de jouets, revient dans ce livre testamentaire sur une vie qu'il n'imagina jamais être aussi exceptionnelle. Dans un style un peu convenu - mais modeste - au regard de la force du sujet, Adrien Maeght nous offre néanmoins un récit unique et captivant dont, modestement, il se garde bien d'être le principal témoin.
Cedric BRU