Écrit en 2015, Le Chant de l'Assassin met en valeur ce que R.J. Ellory manie le mieux soit le récit nostalgique et brutal. En effet, on le sait déjà, l'auteur de Seul le Silence ou des Fantômes de Manhattan est un conteur hors pair qui excelle dans la narration et la saga de destins brûlés « fonçant tête baissée vers la mort » comme le dit en 1941 Humphrey Bogart dans High Sierra de Raoul Walsh.

Le Chant de l'Assassin s'attache à croiser deux parcours. Celui d'Evan Riggs, enfant surdoué et trop sensible qui brisera tout ce que la vie lui offrira dans un long itinéraire suicidaire et programmé, et celui d'Henry Quinn, brave jeune garçon de 21 ans, fou de musique qu'une erreur de jeunesse aura prématurément conduit au trou.

Les deux hommes vont durant trois longues années partager une cellule qui prendra pour Quinn la forme d'une catharsis. En effet, son compagnon d'infortune - comme lui musicien – va, au delà de le protéger dans les eaux troubles du monde carcéral, lui servir de mentor comme de maître de vie.

Quand Henry Quinn sortira libre, il n'aura de cesse, pour payer sa dette, de s'acquitter de la promesse qu'il a faite à Evan de retrouver sa fille. Mais avant, il devra affronter Carson Riggs, frère d'Evan et shérif à vie de Calvary, qui manifestement ne semble pas porter son cadet dans son cœur et qui fera tout pour compliquer la tache du jeune élargi.

Délaissant le thriller et l'espionnage, Ellory revient ici aux fondamentaux du roman noir sudiste. Les ombres de Jim Thomson et de William Gay planent sur ce Chant de l’Assassin même si le style profus et imagé d'Ellory l’empêche de verser totalement dans un désespoir et un pessimisme propres au genre. Sa puissance d'évocation et la richesse de ses personnages rangent déjà le natif de Birmingham parmi les grands classiques de notre temps.
Cedric BRU
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Claude et Jean Demanuelli.