S'inspirant de faits réels, il nous immerge dans le monde méconnu et intriguant des hôtes masculins. Sorte d'escorts sophistiqués, ces jeunes hommes – à l'instar des geishas chez les femmes – font assaut de bonnes manières et d’intérêt pour des femmes souvent trop seules en quête d’émotions fortes et de sentiments délicats.

Parallèlement à ce milieu trouble, Maïko Kato nous fait partager son expérience de stagiaire au sein d'un grande entreprise de communication.

C'est ainsi que nous suivons, d'une part Hayato, hôte des plus demandés, et Emi, jeune stagiaire malicieuse et brillante, au service de la multinationale AAW.

Usant d'une double temporalité (2014 et 2019) Maïko Kato plonge le lecteur dans une sombre histoire de serial killer s'en prenant à des jeunes femmes fortunées ayant comme point commun de toutes connaître Hayato. Chacun des deux héros dont les destinées vont converger se trouvent bientôt au centre d'un jeu macabre initié par un tueur radical et décidé pris en chasse par deux inspecteurs aux méthodes franches et expéditives.

Outre son intérêt policier et sa somme de détails passionnants, A l'Ombre de l'Eau permet de mieux comprendre une société encore bien obscure pour les occidentaux. Tradition et modernité sont les deux facettes d'une civilisation ultra moderne néanmoins ancrée dans le passé, brûlant ses enfants sur l'autel du respect et de la productivité.

En dépit des noms des différents protagonistes et des nombreuses expressions japonaises difficiles à retenir (pour cela l'auteur propose opportunément une liste des personnages et un glossaire) A l'Ombre de l'Eau, étonnant roman piège, est un polar captivant et raffiné empruntant autant à l'esthétique d'Hokusai, qu'à la sensibilité de Tanizaki et au modernisme tentaculaire de Sony.
Cedric BRU