C'est la nature de cette relation que Luc Jacob-Duvernet analyse habilement dans Nos Chers Éditeurs. Il a ainsi interviewé treize auteurs hexagonaux, tous écrivains à succès, pour mieux comprendre les arcanes du fonctionnement de ce couple terrible.

De Pierre Assouline à Patrick Grainville, de Christine Jordis à Macha Méril en passant par Irène Frain, Philippe Claudel, François Taillandier ou Bernard Pivot, il les a tous fait évoquer cette fréquentation plus ou moins heureuse qu'ils ont chacun connue avec leurs éditeurs.

Certains comme Macha Méril ou Edwige Antier ont été poussés vers l'écriture par un éditeur qui avait décelé un potentiel chez eux et les ont révélé à eux-mêmes. D'autres, écrivain dans l'âme tel Grainville ou Claudel ont été très jeunes édités par des mentors auxquels ils sont restés fidèles au fil du temps. D'autres, enfin, comme Irène Frain ou Gilbert Sinoué sont souvent passés d'une maison à une autre.

Les raisons de ce nomadisme ou de cette fixité sont nombreuses. En effet, il est moults auteurs qui ont besoin d’entretenir une relation quasi amoureuse avec leur éditeur faisant souvent d'eux un conseiller certes mais aussi un confident comme Philippe Claudel avec Jean-Marc Roberts par exemple. D'autres moins exigeants ou plus lucides privilégient les résultats aux épanchements telle Macha Méril quand son éditeur de toujours disparu. Enfin, il y a les cas de mésententes criantes qui, bien qu'ils restent peu fréquents à en croire les auteurs interrogés, signent la fin de collaborations prometteuses comme Iréne Frain chez Fayard à qui on avait dit qu'il n'y avait pas assez de papier pour publier son livre !

L'auteur fait adroitement accoucher ces treize plumes qui au final s'accordent sur un point essentiel : au moment où de plus en plus d'auteurs possèdent un agent il n'est point de bons livres sans une relation épanouissante et personnelle avec son éditeur. Évident direz-vous. Pourtant ce livre nous montre qu'entre les écrivains capricieux et autocentrés et les éditeurs pressés et préoccupés du « coup » s'établit souvent un hiatus que le succès peine à abolir.
Cedric BRU