Dans un style élégant et chaleureux l'auteur revient non seulement sur les faits cruels de cette disparition mais aussi sur l’existence des deux protagonistes.

On remonte ainsi le parcours chaotique de Chapman de Forth Worth au Texas jusquà son forfait devant le Dakota à New York. Personnage ambivalent et sans grande envergure, Chapman aspirait surtout à atteindre une renommée que son itinéraire personnel et troublé lui refusait. Son crime, acmé d'une vie tumultueuse, sera sa pitoyable heure de gloire.

Parallèlement à cette évocation, Jacques Colin, spécialiste des Beatles, détaille la vie de John Lennon lors des mois précédant son assassinat. Reclus dans les vingt six pièces d'un appartement fantôme, Lennon, éloigné du show biz, est devenu un papa poule au petit soins pour son fils Sean et un enfant gâté capitaliste qui consomme outrageusement. Tout cela très éloigné de l'idée de working class hero qu'il avait laissé accroire.

Jacques Colin a le mérite de préciser les rapports souvent obscurs entre John et Yoko (devenue une femme d'affaires obsessionnelle et redoutable) Couple terrible autant que mythique dépeint ici comme plutôt désincarné considérant le peu de rapports entretenus par les parties entre elles.

Le troisième volet de ce livre plaisant à la lecture facile et passionnante revient sur la personnalité de John Lennon, voyou liverpuldien devenu star planétaire icône de la contre culture, qui ne laisse pas d'étonner tant la légende acidulée des Beatles a gommé bien des aspérités.

L'ouvrage se conclut par l'héritage artistique et culturel de l'auteur d'Imagine, enfant de son temps illustrant parfaitement par sa vie et son œuvre l'idée que l'on se fait de « cette créature post moderne, l'individu rock'n'roll, puéril, voire infantile qui n'en fait qu'à sa tête et impose ses envies. »

C'est pourtant ce même homme en route vers la sérénité et l'apaisement à qui Mark Chapman ôta la vie en ce funeste 8 décembre 1980.
Cedric BRU