Celle-ci anime et dirige d'une main de fer un camp de survie en prévision d'une inévitable catastrophe apocalyptique. Daniel, comme beaucoup des pensionnaires de cette communauté survivaliste, s'est vu implanter une puce qui, du lundi au samedi, fait de lui, certes, un homme augmenté mais surtout un être docile esclave du bon vouloir de Chambray. Homosexuel, il est toutefois fasciné et amoureux platoniquement de Jenny qu'il a introduite dans le groupe. Femme mystérieuse et sauvage, entre Cassandre et Gorgone, Jenny, inadaptée, vit éloignée des autres membres du collectif et en impose par sa liberté et son comportement proche de la magie. C'est à son journal intime que Daniel va s'adresser tout au long du roman le tutoyant comme le font les jeunes filles en quête de confident. « Mon esprit est illimité pourtant je m'y sens enfermé » Voilà à quoi pourrait se résumer l'esprit d' Une Chose Sérieuse. Thématique de l'enfermement chère à l'auteur qui prend ici après N'être Personne toute sa mesure. Entre Don DeLillo et Michel Houellebecq pour l'anticipation sociale et le procès des vivants, Gaël Obiélgy réussit ici une œuvre difficile d’accès, abrupte et émouvante où pessimisme souriant mais aussi regard indulgent et poétique sur l’espèce humaine se rencontrent comme pour mieux nous préparer aux derniers jours.
Cedric BRU