Il avait déjà choisi pour l'occasion un parti prix résolument exotique et mystérieux en situant son polar dans une Afrique étouffante, gardienne de lourds secrets. Avec Rires de Poupées Chiffon, il signe un roman noir énigmatique et violent qui interroge la création artistique, la passion et la mort. Ceril et Krim Lee sont un couple d'artistes qui vivent dans une grande maison du Vercors dans laquelle ils peuvent laisser libre cours à leur travail artistique radical et à leur amour toxique. En effet, Krim un sexagénaire de trente ans l’aîné de Ceril sa femme est un artiste coréen reconnu par la singularité de ses productions. Ceril, pas en reste, travaille sur des concepts et des performances ambigus. En particulier celles à point de vue unique. De fait, le couple, mêlant amour et création, s'est installé dans une spirale dangereuse où l'amour et l'art ne forme plus qu'un et où la violence domine. Attiré par des cris, un médecin en retraite, passionné d'insectes, va faire la connaissance de ce couple, attelage toxique, amateur de sensations fortes et de violences physiques, dont il comprends vite qu'il se livre à une surenchère dans la brutalité, chacun cherchant à tuer artistiquement l'autre. A partir de là, Philippe Rouquier nous entraîne, de fausses pistes en morts déguisées, dans un sillage étrange et glauque dont il faut reconnaître qu'il conduit parfois le lecteur jusqu'au bord de l'incompréhension. Pourtant, il serait dommage de ne pas voir dans Rires de Poupées Chiffon une remarquable tentative narrative autant qu'une plongée dans une expression artistique riche et pourtant méconnue. En dépit d'un texte un peu long Rouquier connaît parfaitement son sujet, empruntant à quelques grandes signatures de l'art contemporain, et a un sens aigu du suspense. C'est tout l'art de cet OVNI. A découvrir.
Cedric BRU