Nous sommes en septembre 1938 et l'Europe paraît au bord de la guerre. En Allemagne, le chancelier Hitler, obsédé par la conquête de l'espace vital et le rattachement des territoires de langue allemande, veut réintégrer les Sudètes, populations germanophones de Tchécoslovaquie. Tous voient dans cette nouvelle annexion le début pour le IIIe Reich d'une extension irrésistible vers l'Est. Pourtant, sous l'impulsion de Neville Chamberlain, premier ministre anglais et l'entremise de Mussolini, aura lieu à Munich une rencontre internationale qui scellera une entente précaire sur le dos de la Tchécoslovaquie moribonde. Les plénipotentiaires rentreront chez eux sous les acclamations de leurs peuples persuadés qu'ils venaient d'éviter la guerre alors qu'ils en avaient signé le début. C'est dans cette atmosphère électrique que Robert Harris pose l'intrigue de Munich qui, du 10 Downing Street à la Fuhrerbau, nous entraîne dans les arcanes diplomatiques de ce grand événement. Deux hommes, un anglais et un allemand, anciens condisciples d'Oxford, qui font partie des deux délégations se retrouvent au centre du dispositif. L'un comme l'autre, jeunes idéalistes, tentent de peser en la détournant sur l’Histoire en marche. Mais rien n'y fera et ces accords scélérats seront bien ratifiés au grand dam des esprits éclairés. Robert Harris, dans une magistrale composition au style impeccable bénéficiant d'une parfaite traduction, nous fait pénétrer dans les saint des saints allemands et britanniques, fait parler les acteurs de l'époque, témoigne de la fièvre d'un complot contre Hitler. Il éclaire aussi le lecteur français sur la position fantomatique et totalement apathique d’Édouard Daladier dans cette rencontre. Tétanisé et impuissant, il avait compris que ces heures lui seraient fatales. A lui comme à son pays.
Cedric BRU
Traduit de l'anglais par Nathalie Zimmermann