Lettres à Joséphine traite d'une autre dépendance, celle de l'amour et d'un de ses avatars les plus cruels, la rupture, responsable d'une des plus graves maladies humaines qu'est le chagrin d'amour. Nicolas, après cinq ans d'une relation fusionnelle et intense est brutalement quitté par Joséphine. Et pour un autre homme qui plus est. Dès lors, sa raison déraisonnable n'accepte pas cette séparation et, comme un organisme soumis à un greffon, rejette sa nouvelle condition. Commence alors une terrible chorégraphie de la peine et du mal d'amour. Celle qui consiste à nier l’évidence de la perte et à entretenir une proximité par la seule force des mots. Être en deuil mais espérer une résurrection. Se heurter à l'inéluctable et conclure : «  Pourquoi n'existe-t-il pas de sépulture pour les chagrins d'amour ? ». Pendant des mois avec acharnement et l'énergie du désespoir, Nicolas écrit à Joséphine. L'abreuve de compliments, de passion, de détails érotiques voisins de la pornographie d'un Henry Miller dans Sexus et de désirs désormais inassouvis. Car, Nicolas fait le sourd. Ne veut pas prendre la mesure de l'événement. Cède à son obsession. Réactions d'enfant gâté à qui on aurait pris son plus beau jouet. Nicolas, dans un déni pathétique et malsain, ne veut pas entendre parler de résilience et tend à croire que tout est encore possible n'écoutant pas l'avis sensé et formel de son psychiatre « L'unique vérité de ce monde c'est que lorsque qu'une femme ne vous aime plus, qu'elle est passe à autre chose, son geste est totalement définitif. Irrémédiable. » A ces assauts épistolaires, Joséphine, soucieuse de rompre avec les formes, répondra pourtant. Jusqu'à ce que se soit trop. Jusqu'à la nausée que seul l'amour enfui peut faire naître en nous. Nicolas Rey nous livre avec ses Lettres à Joséphine un de ses textes les plus personnels. Il y déploie un style frêle, dépouillé, sans effet, à la sincérité exacerbée qui une nouvelle fois déclenche en nous la plus vive des émotions. Celle du douloureux apprentissage du tourment.
Cedric BRU