C'est ainsi que délaissant le roman historique au traitement noir et gothique, l'auteur de La Religion revient à ses premières amours comme en particulier Les Rois Écarlates et signe avec La Mort Selon Turner un thriller hystérique et violent qui tient davantage du méchant western que du simple polar. Quatre hommes blancs du Northen Cape venus s'encanailler dans un township du Cap couvrent un des leurs, coupable d'avoir tué accidentellement une jeune Noire miséreuse, et prennent la fuite sans lui porter secours ni demander leur reste. Le coupable, pris de boisson et sans méchanceté, est Dirk Leroux, récent jeune avocat dont la mère Margot est une richissime propriétaire terrienne très impliquée dans la vie locale. Pour celle-ci, il est impensable que son fils chéri voit sa carrière et sa réputation brisées pour ce qu'elle considère comme un banal incident sous ces latitudes. Alors, quand Turner, flic résolu et incorruptible dans un pays qui a fait de la vénalité un sport national, se lance à la poursuite de Dick, Margot et ses hommes de main vont tout mettre en œuvre pour l'en empêcher. Pourtant, Turner tel une machine de guerre programmée pour tuer va venir à bout d'une douzaine de sbires et rayer de l'état civil Margot et les siens. Paradoxalement, seul Dirk, garçon humain et idéaliste, échappera à sa vindicte. Avec La Mort Selon Turner, Tim Willocks offre au lecteur un roman puissant et sans concession émaillé de morceaux de bravoure mémorables comme cette leçon de survie dans le désert consistant à transformer... un cadavre en eau ! Parenthèse réussie pour un auteur plus que jamais sur le fil du rasoir.
Traduit de l'anglais par Benjamin Legrand