L'intrigue de Sirènes se déroule à Manchester, ville qui, en dehors du football et du souvenir encore vivace de la techno, n'a guère à proposer sinon des plaisirs frelatés et une météo sans espoir. C'est dans ce contexte peu réjouissant qu'Aidan Waits, flic infiltré mais junkie, doit retrouver la fille d'un ministre très en vue de Sa Majesté, la très jeune et très jolie Isabelle Rossiter. Waits s'enfonce dans la nuit de Madchester pour enquêter sur Zain Carver, parrain local de la drogue, et son réseau de revendeuses les bien nommées sirènes à laquelle Isabelle désormais appartient. Empruntant autant à Irvine Welsh période Une Ordure qu'à l'Abel Ferrara de Bad Lieutenant, Knox nous entraîne dans un voyage nocturne sans pitié où s'affrontent dealers sauvages, flics corrompus et voyous de tous ordres. Il devra faire face autant aux milieux qu'il pénètre qu'à ses propres addictions qui le laisse impuissant et démuni tel Jason Patric le détective héroïnomane de Rush. Dans Sirènes, comme souvent dans les polars les plus sombres, la beauté est corrompue par le vice, la réussite par l'argent sale et la morale par l’appât du gain. Avec ce polar éprouvant et neurasthénique, Joseph Knox frappe un grand coup. Autant par sa connaissance du genre et de ses procédés que par sa technique narrative des plus habiles. Dépassant la simple réplique du thriller version 2018, il se démarque des autres pensionnaires du roman policier contemporain en particulier grâce à des personnages remarquablement campés et par l'emploi d'une grammaire du crime très personnelle. Une chose est sûre : l'homme comme sa production sont désormais à suivre. De très prés.
Traduit de l'anglais par Jean Esch