Fils d'un fondé de pouvoir aisé il va profiter longtemps de son soutien financier l'autorisant à mener une vie de bohème d'abord à Reims puis poursuivie à Paris. Très vite, Roger, encore plus que ses amis, s'abandonne aux paradis artificiels en particulier, au début en tout cas, à l'alcool sous toutes ses formes et inhale aussi du tétrachlorure de carbone comme d'autres aujourd'hui de la colle. Influencés par Rimbaud, les phrères poursuivent ainsi le « dérèglement de tous les sens » cher à l'auteur du Bateau Ivre et montent à Paris pour se coltiner au monde et à la création. Plein d'audace et d'ambition, le jeune groupe va défrayer la chronique littéraire en se mesurant aux surréalistes qui ne leur pardonneront jamais leur refus de la tutelle d'André Breton, leur chef incontesté. Ainsi, le temps de trois numéros du Grand Jeu et la publication de rares poèmes, Roger Gilbert-Lecomte percera la vie littéraire parisienne comme une météorite qui explosera en vol, minée par l'alcool et surtout la drogue qui auront raison de son inspiration et de sa santé. Mort dans l'addiction, la misère et l'anonymat, Gilbert-Lecomte reste une des figures les plus romantiques de la littérature française. Matthieu Mégevand, comme c'est la mode, propose avec La Bonne Vie, publié en septembre dernier, une vie romancée de Gilbert-Lecomte. Le projet est louable puisque jamais envisagé. Pourtant, à l'inverse de ce que nous écrivions dans notre dernière chronique (Sécurité de Gina Wohlsdorf) où la forme l'emportait sur le fond, c'est ici bien le sujet qui franchement domine la forme du roman. Le style est agréable, la lecture est facile mais on regrettera que la part de folie qui habitait le fondateur du Grand Jeu ne soit pas pleinement rendue dans ce roman tranquille qui a pourtant le grand mérite de ressusciter en cent cinquante pages la vie et l’œuvre d'un débouté du droit d'asile de la grande littérature.