Des plus cinématographiques – l'auteure a forcément du voir Snake Eyes de Brian de Palma -, Sécurité use de split screams particulièrement efficaces. C'est en fait à une réelle expérience littéraire que nous convie Gina Wohlsdorf. Tout repose ici sur la narration. La nuit tombée, on suit, comme les nombreuses caméras de surveillance installées dans le PC Sécurité, les différentes équipes travaillant double pour l'inauguration prochaine. Tous sont sous l'autorité de Tessa la superviseuse qui s'active avec le plus grand professionnalisme pour achever dans les délais la construction de ce qui devrait être un des plus beaux et des plus sûrs ouvrages du genre. Alors qu'on observe une femme de chambre apporter quelques finitions à son travail surgit un tueur qui fait basculer le livre dans l'horreur. Très vite, on se rend compte qu'il est accompagné d'un complice qui a quant à lui éliminé les agents de sécurité. Parallèlement à la progression des tueurs l'auteure nous fait partager l'intimité de Tessa et Brian, son frère d'adoption, qui vont s'aimer, inconscients du drame qui se joue, avant de tenter de résister aux terribles intrus. Sécurité fait partie de ces romans où la forme l'emporte sur le fond. Tout y est parfaitement calculé : interventions de protagonistes inattendus, emploi soudain du "je", typographie bousculée (texte sur deux colonnes nécessitant un ordre différent de lecture) C'est ce schéma narratif particulièrement audacieux qui fait tout l’intérêt de ce thriller glacial et singulier. C'est également sur cette forme ingénieuse que malheureusement tout repose un peu trop. Mais qu'importe, débutant dans une opacité étouffante, Sécurité s'achève en bon livre (film ?) d'action dans le sang mais aussi dans l'espoir.
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Alain Defossé