dans laquelle le narrateur (le Rat) occupe une place de choix grâce, en particulier, au livre consacré à la violence qui l'a rendu célèbre. Il est étrangement chargé par son directeur d'aller remettre au Levant une rançon à un groupe islamiste proche de Daech. Il semblerait que cette mission, très éloignée de ses compétences, soit davantage un piège – né d'une jalousie ou d'une vengeance – qu'autre chose. Les faits semblent donner raison au Rat quand l’hôtel dans lequel il réside est plastiqué. Il en réchappe mais se retrouve au côté d'une victime à qui il va faire une étrange confession qui sera l'argument principal du roman « Ma vie s'est terminée il y a trois ans, la veille de mes cinquante-trois ans, dans le hall d'un théâtre à Berlin. C'est à dire que c'est là que j'ai commencé à mourir » A partir de là le roman va curieusement basculer dans une sombre et douloureuse histoire d'amour homosexuelle dans laquelle la rencontre du Rat avec un jeune homme brillant et destructeur (le Chihuahua) va prendre une tournure dramatique. Bernardo Carvalho dont on connaît la liberté d'écriture mêle et compare avec un authentique brio la violence de la guerre et celle de l'amour. Le Chihuahua va devenir pour le Rat une telle obsession qu'elle le conduira au bord de la folie tant son jeune amant sait manier l'art du tourment. Celui-ci jouera en effet des pires manœuvres pour rendre cet amour pervers et délétère. Carvalho analyse l’état de dépendance amoureuse et la manipulation qui l'accompagne avec la précision d'un scalpel. Texte remarquable nourri de René Girard, d'Adorno et de Walter Benjamin, Sympathie pour le Démon montre avec une acuité particulière les rapports ambigus et cruels entre l'amour et le pouvoir, le sexe et l'abandon. Un texte troublant et sublime.
Traduit du brésilien par Danielle Schramm