Résumons : quatre jeunes garçons brésiliens venus de la campagne s'installent en colocation à Rio pour, ils l'espèrent, réussir chacun dans leur spécialité. L'un est interne en médecine, un autre cuisinier, le plus inadapté spécialiste de l'informatique (ça va de soi) quant au narrateur il se destine à une carrière commerciale. Après avoir trouvé l'appartement de leurs rêves, il s'aperçoivent que le geek de la bande à dépensé l'argent des loyers en sexe tarifé. Ils ont deux semaines pour trouver les fonds sinon ils se retrouvent sur le trottoir. Mortifié par son attitude, le fautif leur fait une proposition démente : organiser un dîner à base de chair humaine ! Après maintes hésitation et cas de conscience, ils s'accordent et confie à leur ami cuisinier le destin de ce repas hors norme qui va faire basculer leur vie à jamais. A partir de cet argument explosif, Montes tisse une intrigue haletante dans laquelle chaque chapitre se clôt par un cliffhanger particulièrement habile. On suit ainsi ces garçons dans une spirale infernale qui les voit se prendre dangereusement à un jeu macabre. Ce qui devait être l'instrument de leur libération se transforme irrévocablement en cause de leur perte. Raphael Montes, dans un style neuf et incisif, aborde un sujet des plus tabous pour en faire un instrument narratif à la terrible efficacité. Plus le roman progresse et plus notre perception du cannibalisme en prend un sérieux coup. Ne doit-on pas envisager à terme cette pratique comme une forme d'hygiène sociale, trouvant son aboutissement funeste dans l'élimination des mauvais éléments de notre société ? Ne peut on envisager l'anthropophagie comme une solution apportée à la faim dans le monde ? Montes et ses héros nous provoquent en ouvrant les portes à la justification de l'horreur même si tout du long le narrateur – caution morale du livre – marche à reculons en tentant de se sortir de cet infernal guêpier. Authentique « page turner » Dîner Secret est un roman puissant et atypique qui distrait autant qu'il interroge.
Traduit du portugais (Brésil) par François Rosso