Avec Comment Dessiner un Roman, Solares entreprend et livre une analyse des plus fines concernant l'âme même du roman. Sans nous abrutir de théories abstraites – et c'est heureux – il s'attache à détailler les différents ressorts qui animent parmi les plus grands romans – souvent ici sud-américains. Fort ludiquement, il parle de dessiner un roman car s'inspirant de Thomas Pavel il affirme que "non seulement les romans pensent mais ils développent leur propre système philosophique" ou encore "Le roman n'est pas seulement l'endroit rêvé pour un débat d'idées, il est aussi l'un des rares espaces dotés d'un géométrie indiscutable". Ainsi, certains romans par leurs intrigues épousent les courbes et les tourbillons quand d'autres décident de lignes ou de figures géométriques répétitives. Celui-là renvoie aux cercles quand celui-ci s'apparente aux triangles ou aux trapèzes. On verra donc La Vie est Ailleurs de Kundera ressembler à une suite de spirales prolongée d'une flèche quand L'Automne du Patriarche de Garcia Marquez fera penser à un cercle abritant six pétales. Bref, un roman ennuyeux sera symbolisé par une ligne plate quand une œuvre charnue et bondissante se traduira par un réseau fourni fait de traits et de signes. Martin Solares nous rappelle que toutes ces lignes président à l'essentielle, celle de l'émotion. En effet, le roman, s'il est réussi, doit avant tout déclencher chez son lecteur un bouleversement sensoriel qui provoquera un feu durable. On retiendra également que le roman parfait n'est qu'un mythe et qu'il ne constitue "qu'une des nombreuses espèces peuplant le vaste univers du roman". Rien de moins ! Tous les amateurs de littérature se régaleront à la lecture de cet essai aussi érudit qu'instructif, aussi lumineux que gourmand, aussi pénétrant que didactique. Un vademecum indispensable à tout romancier en herbe.
Traduit de l'espagnol (Mexique) par Christilla Vasserot