Benjamin Myers est un pur produit de la culture rock à laquelle il s’est rangé en collaborant à divers magazines rock (Mojo, Metal Hammer, New Musical Express...) et en publiant plusieurs biographies ou essais de vedettes du rock (John Lydon, Green Day…) Appliquant au polar ce qui emprunte à la rock culture - c’est-à-dire une émancipation narrative (emploi roboratif des flash-back, complaisance dans l’horreur…), une ponctuation débridée (désordre soudain et brutal rappelant les réactions d’un esprit sous l’emprise de l’alcool, de la drogue ou de la folie), un traitement de l’intrigue s’affranchissant des codes habituels du genre (davantage que de connaître les coupables c’est surtout à leurs chutes qu’il s’attache) - Myers cherche manifestement à faire moderne à défaut de paraitre neuf. Situé dans les Dales qui s'étendent sur les comtés de Yorkshire du Nord et de Cumbria, Dégradation nous plonge dans une sombre ruralité où tout le monde se connait depuis l’enfance et – qu’importe le rang de chacun – se tient les coudes face à l’adversité ou l’ingérence venue de Londres ou d’ailleurs. Myers suit avec une fascination morbide un meurtrier récidiviste ("Les serial killers (…) laissons ça aux américains !" corrige le flic chargé de l’enquête) au parcours infernal entamé depuis l’enfance. Les Dales sont sous le choc après la disparition d’une adolescente partie promener son chien. Fille d’un notable du coin Melanie Muncy s’est, sans le savoir, précipitée dans les griffes de Steven Rutter son voisin direct et pauvre hère de quarante ans, fils de l’ancienne prostituée du cru, vivant comme un sauvage dans les vestiges de ce qui fut autrefois une ferme en défiant les règles de l’hygiène la plus élémentaire. C’est sur cette engeance moitié homme moitié bête que les premiers soupçons se portent mais étrangement la police locale semble fermer les yeux sur l’évidence arguant que Steve a toujours été un peu spécial. Seul Roddy Mace, le journaliste local – ancienne plume renommée de Londres venue mystérieusement s’enterrer dans les Dales – sait à quoi s’en tenir. Il réussira à convaincre Joseph Brindle, super flic énigmatique, venu de Londres pour enquêter sur une affaire qui bientôt l’obsédera. Les deux hommes vont – après le lecteur qui a chez Myers toujours une longueur d’avance – mettre à jour un réseau de snuff movies impliquant toute la fine fleur locale et pour qui Rutter servait de nettoyeur. On laisse aux lecteurs le soin de découvrir les racines du mal et de plonger dans la démence criminelle de Rutter. Et qu’importe si Dégradation est faussement moderne ou habilement ancien, il vous prend à la gorge et ne vous lâche plus. Série en cours. Suite attendue.
Traduit de l’anglais par Isabelle Maillet